Jeudi 20 décembre 2007

undefinedQuelle belle façon de finir l’année 2007 que de  fêter le centième anniversaire de la naissance de Maurice Blanchot (mort en 2003), à l’occasion de la publication des Chroniques littéraires du journal des débats. Soit la sélection de cent vingt critiques littéraires d'un des penseurs majeurs du siècle.
Une somme. Un livre traversé d’érudition discrète et d’intelligence critique. Chroniques littéraires du journal des débats de Maurice Blanchot devrait faire date tant il surclasse la production des critiques littéraires actuelles, fades, insipides, ennuyeuses.
Maurice Blanchot fut pendant longtemps mis au ban des intellectuels français, en raison d’une querelle, souvent fort mal et méchamment instruite, sur les engagements politiques de l’auteur du Dernier Homme dans la France d’avant-guerre. Philosophe et écrivain, mais aussi critique et théoricien littéraire, cette publication de ses Chroniques initialement communiquées dans le Journal des débats entre avril 1941 et août 1944 (à l’exception de 55 déjà rassemblées dans Faux pas) est une occasion unique d’admirer le talent de Blanchot en cette matière. Occasion aussi de rendre hommage à un penseur dont l’influence est toujours pressante, sans que la notoriété suive. La lecture de ces Chroniques est parfois ardue, tant le style est exigeant. Un style à la hauteur d'une réflexion remarquable de précision, d’acuité et de pertinence. Ses Chroniques offrent au lecteur un condensé stimulant d’une pensée souvent qualifiée de complexe, trouvant sa source aussi bien dans la philosophie de Nietzsche ou de Hegel, que dans la mythologie ou la poésie de Mallarmé et de Valéry – à qui l'auteur voue un véritable passion. Maurice Blanchot manie la formule avec talent, évitant l’écueil du raccourci réducteur, mais réussissant parfaitement à condenser en une phrase, un paragraphe, ou un article, un sujet, un style, une époque ou une philosophie. Ainsi, ses articles sur des thèmes aussi variés que le chroniqueur Haedens, les rapports entre Art et Science ou entre Culture et Civilisation, la Chanson de Roland ou Machiavel sont de purs moments d’extase intellectuelle. Il faut laisser du temps aux Chroniques littéraires et les lire avec un stylo, car derrière chaque paragraphe, il y a une pensée en mouvement, une vérité, une théorie saisissante. C’est un texte qu’il faut fréquenter, laisser de côté puis relire et méditer avec vigilance et entrain. Puissant et excitant.
En filigrane, c’est une véritable théorie littéraire qui s’élabore, avec ses partis pris et ses contradictions, mais avec toujours le même souci de l’excellence, de l’exigence et de la qualité. Passionnante introduction à l’œuvre d’un penseur majeur du XXe siècle, écrivain discret et contradictoire qui médite sur le roman, le nihilisme, la solitude, la place de l’homme sur terre. Indispensable.

par Nicolas publié dans : itinéraire littéraire
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Mercredi 19 décembre 2007

#2

Mensonge : affirmation contraire à la vérité faite dans l'intention de tromper.
Un mot suffit pour caractériser le pouvoir en place confronté au "problème" des sans-abri. Et cette tromperie parfaitement ficelée nous est servie sur plusieurs tableaux.
Il y a d'abord l'hypocrisie électorale : Nicolas Sarkozy s'est fait élire sur une promesse d'éradiquer la pauvreté et de permettre à tout homme d'avoir un logement ; ce qui semble un impératif pour la cinquième puissance mondiale. Pourtant, les choses n'ont pas changé depuis l'élection du Président-people.
Il y a ensuite fourberie de l'action : le gouvernement de droite à fait voter une loi de "Droit opposable au logement" qui n'est qu'un simulacre d'avancée sociale, une invention tautologique visant à noyer le vrai problème.
Il y a également sournoiserie de la communication présidentielle. Madame Boutin affirme qu'il y a assez de solutions d'urgence pour les SDF, c'est faux. Bénévole pour les restos du coeur depuis quelques mois, j'ai pu discuté hier avec un bénéficiaire, Patrick, âgé de 41 ans. SDF depuis dix ans, il n'essaie plus le 115, le Samu Social étant incapable de lui proposer un logement quand les nuits sont trop froides. Pourtant, cet homme refuse de rester dans le métro, depuis une agression nocturne - vol des papiers et du seul bien d'un SDF : ses habits. Alors, quand on entend une Ministre de la République abuser, tromper, mentir, mystifier, fabuler, il faut dénoncer. Se faire entendre, remettre en cause notre système qui laisse crever de faim les plus pauvres. D'autant plus que Madame Boutin n'hésite pas à dénigrer le travail des associations et des bénévoles - dont je fais partie. Interviewée lors d'une visite dans un centre d'urgence de la Croix-Rouge, et revenant sur l'intervention musclée des CRS sur le parvis de Notre-Dame (samedi dernier), elle affirme sans sourciller que la Croix-Rouge fait un travail souterrain indispensable et beaucoup plus efficace que les protestations des Enfants de Don Quichotte - entre autres. Toujours cette détestable stratégie gouvernementale de la division. Mais, face à la misère de ces gens, et alors que le gouvernement continue à faire la sourde oreille, ne faut-il pas hausser le ton et jouer à armes égales - action d'éclats et utilisation intensive des médias ?
par Nicolas publié dans : manuel de survie
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Mardi 18 décembre 2007
promise---the-monster.jpgAlors que le froid s'abat sur la France, un réchauffement salutaire nous arrive d'un pays habitué aux extrêmes climatiques : la Suède. Une musique limpide comme les cristaux de neige et douce comme un soleil d'hiver. Réconfortant.
Depuis plusieurs années, dans la foulée d'une Björk omniprésente, les voix féminines susurrantes se multiplient dans la production musicale contemporaine. Souvent évanescentes et sensuelles, elles habillent magnifiquement une musique épurée et minimaliste. On pense à Cocorosie ou à Emiliana Torrini. La nouvelle sensation répond au nom énigmatique de Promise and the Monster, auteur d'un magnifique premier album tout aussi mystérieux : Transparent knives. Mais un nom et un seul se cache dernière ce barbarisme : Billie Lindahl. Avec un tel patronyme, on aurait plus imaginé la suédoise dans un bar feutré de Saint-Germain, en train de chanter des classiques de jazz accompagnée d'un simple piano. En héritière de Billie Holliday et Lisa Ekdahl. Non, malgré ce nom, elle chasse magnifiquement sur les terres d'une low-fi inspirée et entêtante. Dès les premières notes de Sheets, guitare et voix semblent s'engouffrer dans nos membres avec délicatesse. Il suffit de fermer les yeux pour s'imaginer dans une nature gigantesque et envoûtante. Dans des fjords par exemple.
Quelques morceaux s'imposent rapidement comme des hymnes à la pureté et à l'harmonie des corps : Antarktis et sa voix hypnotique, magnifiquement doublée sur le refrain ; Silver Speaking  ou Night Out I et son riff de guitare digne d'un cow-boy solitaire et désespéré. Les guitares, justement, sont d'une simplicité déconcertante. Leur seule raison d'exister réside en le soutien de composition aux mélodies terriblement efficace. Mais l'ensemble ne sombre jamais dans la facilité, car derrière chaque chanson se cache un elfe qui ne désire qu'une chose : nous perdre dans les méandres d'une musique de l'intimité. D'ailleurs, Promise and The Monster est moins convaincant quand il s'essaie à la grandiloquence (sur Words par exemple).
Heureusement, la formule éthérée l'emporte souvent, pour notre plus grand plaisir. Mais sans ennui, tant les mélodies s'envolent du blues aux airs médiévalistes en passant par le jazz ou les contines redoutables (Single Girl, Married Girl). Cette année, pas de doute, le père Noël habite en Suède.
par Nicolas publié dans : itinéraire musical
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Dimanche 16 décembre 2007

#1

Le guide libyen est enfin parti. Le cadeau empoissonné s’en va avec l’arrivée de Noël, pour notre plus grand bonheur à tous. Que faut-il retenir de cette visite ? Les hommages républicains à un terroriste, dont le visage symbolisait autrefois la haine de l’homme pour ses congénères, la violence et la mort, le Mal absolu ? L’efficacité redoutable d’une communication présidentielle instrumentalisée (le ‘non’ de Rama Yade, aussi sincère que les déclarations pro-environementale d’Al Gore, ancien numéro deux d’un pays ayant toujours refusé de promouvoir la survie de notre planète, rien moins que ça) ? Le cynisme extrême d’une politique-marchandisation, la soumission de la chose publique au commerce, ou comment le libéralisme pervertit maintenant les droits de l’homme ; c’est-à-dire que la marchandise, la valeur marchande des biens, la vente devient plus importante que la mémoire ? Oui, à l’heure du départ d’un homme les mains tachées de sang, c’est à cela qu’il faut méditer. Sans complaisance ni retenue. Les relations internationales et la diplomatie exigent du réalisme, de l’ouverture. On ne peut vivre éternellement dans la haine ; il faut, avec le temps mais sans oubli, travailler au rapprochement. La CECA puis l’Europe furent plus efficaces qu’un traité de Versailles dégradant et porteur en germe d’une haine à venir. Mais là, non ! La République française, patrie des libertés, des idéaux révolutionnaires et démocratiques, terre du modernisme ne peut accepter de se corrompre pour sa balance commerciale. Aucune Rafale, aucune centrale nucléaire ne peut masquer la mesquinerie d’un despote tortionnaire. Nicolas Sarkozy, en accueillant Kadhafi approuve sa politique mensongère et atroce. Qui peut encore douter que le colonel ait monté de toute pièce l'histoire des infirmières bulgares ; pour ensuite s'auto-proclammer comme le libérateur de ses huit pauvres femmes torturées pendant plus de huit ans ; et enfin négocier de juteux contrats ? Il n'y pas de gagnant-gagnant dans cette affaire, mais un seul gagnant : la barbarie, l'obscurantisme, la violence, le refus du repentir, et l'ultralibéralisme. C'est la fin d'une éthique internationale - ou plutôt la confirmation que quand il s'agit de relations internationales, c'est la richesse qui importe et l'emporte. Certitude d'une tristesse ineffable ; comme l'est la participation de la France à cette mascarade.

par Nicolas publié dans : manuel de survie
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Vendredi 14 décembre 2007
dylan-2.jpgComme l'a récemment montré Todd Haynes, Bob Dylan est un artiste complexe impossible à saisir. François Bon, déjà auteur d'une magnifique biographie sur  les Rolling Stones, s'attaque à  un autre géant. Résultat : un livre adroit et passionnant, interrogation renouvelée sur un mythe.
Qui est vraiment Bob Dylan ? Pas plus François Bon que Todd Haynes (voir I'm not There) n'apporte de réponse convaincante à cette (éternelle) question. Ce postulat posé, à quoi sert une (nouvelle) biographie sur l'homme multiple ? Sûrement pas à rien, et ce pour plusieurs raisons. Primo, François Bon réussit à s'écarter d'une hagiographie inutile, et Dieu sait pourtant qu'elle serait facile à rédiger avec un tel monstre. Deuxio, l'auteur offre quelques pistes de réflexion nouvelles et stimulantes pour mieux saisir l'homme. Il ne cesse de fouiller, de questionner, de remettre en cause et en perspective quelques faits connus mais peut-être pas assez interrogés. Cette biographie n'apporte pas de réponse mais des questions. Philosophique à bien des égards, ce livre est une réflexion en acte visant à résoudre un problème. Il n'y a qu'à voir la multiplication des formules interrogatives pour s'en convaincre. Enfin, cet ouvrage est une synthèse habile au style très "rock & roll", rendant l'ensemble d'une lecture très agréable - et ce malgré la (relative) longueur, presque 500 pages. Justement, François Bon n'est également pas tombé dans l'erreur, fatale dans ce type d'écrit, de vouloir tout dire : il sélectionne, bien conscient que des milliers de pages ne suffiraient de toute façon pas à fixer un négatif de qualité de Dylan.
Bob Dylan, une biographie s'intéresse principalement aux cinq années qui créent le mythe Dylan. Car l'homme est un mythe, à deux niveaux. Par la vie qu'il s'invente lui-même, et par son installation comme héros d'une société américaine en pleine mutation, passant de l'euphorie d'après-guerre à une société libérée (drogues et sexe) mais désemparée (guerre du Vietnam et changements sociologiques radicaux). "Des vies comme celle de Bob Dylan sont des dépôts où condense toute une époque, un miroir des questions que se pose une société sur elle-même (...). C'est une sorte de secousse mondiale qui se rassemble sur les épaules d'un seul". Après quelques pages précisant le décor - origines familiales de Dylan - François Bon revient en détail sur les premiers concerts, les galères, les refus, le mépris, puis les premiers succès. Les rencontres importantes et l'accueil de plus en plus chaleureux d'un public élevant ce jeunot venu de son nord lointain en héraut de la contestation. Un malentendu presque, que Bob Dylan lui-même ne tardera pas à corriger. Entre 1960 et 1965, il va passer du jeune adulte timide et plutôt maladroit à l'icône d'une jeunesse rebelle et passionnée par une musique libératrice. L'auteur regarde sans complaisance les différents choix et changements de cap du chanteur de Duluth : l'électrisation, les changements de thématique, le refuge à Woodstock ou dans la bible, la fuite de la célébrité. La vie privée est aussi décortiquée avec une précision chirurgicale, avec comme seul objectif de mieux comprendre l'artiste. Les premiers amours, la relation difficile avec une autre star de l'époque, Joan Baez, les tromperies, le mariage, la paternité.
Au final, cette nouvelle biographie séduit par son refus de la compartimentation d'un artiste multiforme, ayant lui-même toujours fuit la simplification. L'auteur propose, au lecteur de choisir, de se faire sa propre opinion. De trouver lui-même quelques réponses aux multiples questions que le chanteur refuse d'éclaircir. Pire, qu'il cherche à complexifier.
par Nicolas publié dans : itinéraire littéraire
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Mercredi 12 décembre 2007
un-bruit-qui-court.jpgDeuxième album de Pauline Croze, nouvelle venue de la nouvelle chanson française. Du charme, de belles mélodies entêtantes et un accompagnement soigné : de nombreux atouts pour un bel album.
C'est un petit conte de fée. Il était une fois, une jeune fille née en 1979, timide et sensuelle. En 2003, elle collabore avec deux elfes évadés des Valentins. La même année, elle brille sur la scène des Transmusicales de Rennes, avant d'être sélectionnée dans le cadre du concours CQFD des Inrocks. Rhesus l'emporte, mais sa mélodie aérienne et sensuelle hante les esprits. En 2005, elle réussit à fixer sa sensibilité, ses interrogations, sa fragilité sur un premier album remarqué. Quelques princes charmants l'ont aidé dans ce parcours, dont le leader de Mickey 3D. Aujourd'hui, la belle revient avec un second tome touchant et délicat.
Un bruit qui court décortique les sentiments romantiques. Le pardon et la haine (Nous voulons vivre), la mélancolie et la solitude (Jour de foule), la tristesse et l'abandon (A l'évidence). Un album romantique, dans lequel le chagrin ambiant et éphémère donne lieu à une création tendre. Les arrangements sont légers, gracieux, élégants et précis. La voix navigue paisiblement entre guitare classe et rythmique léchée et raffinée. On écoute ce nouvel opus digne et droit, les cheveux dans le vent, en haut d'une montagne, face à l'immensité de la nature. Comme dans un tableau de Friedrich. Pour être en adéquation avec une poète face à l'abîme. Mais un poète, qui après un premier album qui sombrait parfois dans le glauque, s'ouvre à la beauté du monde. Certes, il faudra encore quelques chansons avant de vaincre la nostalgie. Mais la tendresse (Baiser d'adieu) voire la joie font quelques apparitions au détour d'une phrase très werthérienne (Sur ton front). Un petit mieux donc.
Un signe ? La dernière chanson de l'album s'intitule Valparaiso. Petite ville côtière chilienne dans laquelle le génial Pablo Neruda vécut longtemps. Pauline Croze écrit encore vingt chansons désespérées et une chanson d'amour, mais ce nouvel album sent déjà bon la fraicheur de ce petit port pêche niché sur une colline...
par Nicolas publié dans : itinéraire musical
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Mardi 11 décembre 2007

my-blueberry-nights.JPGWong Kar-Wai traverse le Pacifique pour réaliser son premier film hollywoodien avec ses codes et ses stars. Mais il garde sa patte unique et délivre une belle peinture imaginaire et voluptueuse.
Une nappe sonore envoutante. Une musique évanescente, fragile, aérienne, impalpable. C’est ce qu’on peut dire des albums de Norah Jones. Un jazz vaporeux, sensuel, qui colle à la peau. Quand on l’écoute, la sensation que l’infini s’ouvre aux sens. Les portes de la perception qui éclatent. Norah Jones fait ses premiers pas à l’écran dans My Blueberry Nights, le premier film américain du réalisateur hongkongais Wong Kar-Wai. Et la ressemblance entre la musique de la jazzwoman et le magnifique objet visuel délivré par le réalisateur d’In the Mood for Love est saisissante.
Résumons : My Blueberry Nights, c’est une promenade nébuleuse dans l’Amérique des bars miteux, en compagnie d’une ravissante jeune fille en quête. La belle Elizabeth vient de rompre. Elle se livre à un inconnu, Jérémy, attachant serveur dans un diner du Bronx. Rencontre éphémère. Elizabeth, pour oublier sa déception amoureuse, part à l’aventure, serveuse le jour et la nuit, mais surtout à l’écoute des autres. Un flic alcoolique et dépressif après que sa femme l’ait quitté, puis une joueuse de poker énigmatique. Elle les suivra pour mieux se perdre et se retrouver.
Le scénario n’est là que pour soutenir les images. Réduit à son minimum, comme pour ne par faire de l’ombre à une magnifique réalisation. Quelques rencontres, des individus mystérieux au passé lourd et brumeux. La caméra flotte entre ces personnages, joue avec les couleurs chaudes et rassurantes des bars. Distorsion du temps : les ralentis succèdent aux images accélérées. Distorsion de la réalité : les angles de vue se multiplient (dont une habile prise d’angle d’une caméra de surveillance). Difficile de rendre compte, par les mots, de ces somptueuses images qui semblent ne répondre à aucune logique temporelle ou spatiale. Elles voltigent, elles vacillent, elles hésitent, elles voguent ; comme s’il était impossible de fixer cette réalité floue et hasardeuse. La mise en scène est minimale, les dialogues et le jeu des acteurs aussi. Tous parfaits – avec une mention très spéciale à David Strathairn, poignant dans le rôle d’un flic alcoolique cherchant à oublier sa femme partie. Wong Kar-Wai insuffle de la poésie à des scènes d’une rare banalité : la dégustation d’une tarte aux myrtilles, l’entrée d’une magnifique femme dans un bar pouilleux, les errances de deux jeunes femmes. De la poésie, et de la mélancolie. My Blueberry Nights, c’est du Hopper sur pellicule. Même ambiance arty, même solitude ontologique, même contradiction entre le dedans et le dehors. Les corps et les visages tendent vers cet ailleurs du possible (qu’il soit une réconciliation ou la tentative de l’oubli). Tension immobile, plans qui sont une source de crispation et d’attente, succession de séquences qui sont une invitation à l’imagination, peinture d’une Amérique ordinaire et mythique (l’ensemble New York – sordide ville secondaire – Las Vegas – route s’étirant à l’infini).
Alors d’aucuns trouveront ce film niais, navrant, idiot voire totalement inutile. Ce serait oublier que le cinéma est aussi un art qui ne se consomme pas mais s’intériorise. Mieux, le spectateur doit s’embarquer dans My Blueberry Nights comme s’il s’embarquait dans un voyage onirique au pays de la solitude et du vide. Âmes qui se perdent et se cherchent.

par Nicolas publié dans : itinéraire cinéma
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Lundi 10 décembre 2007

enfer.jpgLa BNF (site François Mitterrand) invite le spectateur à une promenade dans l'interdit. Ou comment le livre symbolisa le difficile rapport de la société avec le sexe. Jusqu'au 2 mars 2008.
Etymologiquement, l'enfer est un lieu destiné au supplice des damnés, ceux-ci étant en l’espèce de simples écrivains séditieux. En effet, dans la Bibliothèque, l'Enfer est une sorte de bouillon sismique dans lequel seraient gardés les trésors les plus obscurs de la création littéraire. Un bagne pour des auteurs respectables. Le Styx des écrivains, frontière fantasmagorique entre la "bonne" littérature et les écrits subversifs qui font désordre avec les bonnes mœurs. A une époque où le sexe est partie intégrante non seulement de notre imaginaire, mais aussi de notre réalité, il était temps de revenir sur cette construction fabuleuse (au sens de récit fictif). Cette belle exposition déroule deux axes : la premier s'intéresse à l'histoire de l'Enfer compris comme cote spécifique dans laquelle étaient classés les écrits contraires à la morale ; le second présente, à travers trois époques, le contenu de l'Enfer, soit des livres et lithographies emblématiques d'un genre à la marge de la littérature.
L'Enfer débuta par la classification des "romans licencieux", litote pour désigner quelques livres fustigés par la bourgeoisie bien pensante. C'était en 1739. En 1836, la Bibliothèque décida de donner une cote spéciale à ces ouvrages impudiques. Cette exposition nous raconte cette histoire, et nous montre aussi quelques ouvrages rares protégés par l'Enfer, en trois étapes. Aux XVI-XVIIIe siècles, les auteurs des romans grivois s'effacent derrière leurs personnages, comme dans Thérèse philosophe, roman initiatique, ou La Religieuse de Diderot. L'exposition accorde également une large part au Marquis de Sade. Au XIXe siècle, c'est l'édition clandestine que privilégie l'exposition. La dernière partie, celle qui correspond au XXe siècle, s'intéresse aux grandes figures qui ont marqué la littérature : Apollinaire, Louys, Bataille, etc. Le passage de la littérature clandestine à celle publiée au grand jour est aussi montré.
La scénographie est magnifique, sorte de sex-shop classieux dans lequel les deux parcours sont habilement entrelacés. Quelques photos, des films, des livres : les supports mixtes sont habilement mis en valeur. Le rapport de la société aux livres inconvenants symbolise parfaitement la libération sexuelle des dernières années. Intéressant.

par Nicolas publié dans : itinéraire culturel
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Dimanche 9 décembre 2007

capa-spain.jpgA l'heure où l'on annonce une visite officielle de Kadhafi à Paris ; à l'heure ou notre cher Président félicite chaleureusement Poutine ou fait le commercial de luxe en Chine, ramenant des contrats sans aucune protestation sur la situation des droits de l'homme, il peut être nécessaire de citer ce passage (émouvant) de la lettre d'Ingrid Betancourt. A méditer.
"Mon coeur appartient aussi à la France (...). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s'est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenues et consolées.
Je ne pourrais pas croire qu'il est possible de se libérer un jour d'ici si je ne connaissais pas l'histoire de la France et de son peuple. J'ai demandé à Dieu qu'il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l'adversité, pour me sentir plus digne d'être comptée parmi ses enfants. J'aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composantes de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c'est s'engager. (...) Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l'engagement qu'ils nous ont apporté à nous tous qui, ici, vivons comme des morts
."

Photo Robert Capa

par Nicolas publié dans : itinéraire méditatif
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Vendredi 7 décembre 2007

dylan-3.JPGBob Dylan, figure mythique, inspire le nouveau film de Todd Haynes. Six acteurs pour un seul homme. Le projet, terriblement séduisant et ambitieux déçoit tant il était porteur des attentes et des espoirs les plus fous.
I’m Not There de Todd Haynes ne ressemble à aucun autre film. Ou plutôt si, il en englobe beaucoup. Une sorte de condensé cinématographique. Un film difficile pour le critique qui adore ranger les éléments dans des petites cases. Car I’m Not There emprunte au décalage des Frères Cohen (The Big Lebowski), au bouleversement entre rêve et réalité lynchien, au biopic librement inspiré façon Control, à l’univers rêvé burtonien, au documentaire rock des années 1970, au film expérimental warholien. Il emprunte sans jamais pasticher (comme en leur temps Loin du Paradis ou Velvet Goldmine).
I’m Not There bouscule les conventions. Pour le meilleur. Six acteurs pour incarner un seul homme. Mais aucun ne porte le nom de Bob Dylan. On est ici loin de la biographie officielle, avec un acteur pour l’enfance, un pour l’adolescence, et un pour l’âge adulte. Les six acteurs représentent sept vies de Bob Dylan, car ce monstre sacré de la musique américaine ne peut être réduit à une identité. Librement inspiré de la vie du chanteur donc, mais aussi des mythes qu’il a lui-même créés ou engendrés. Car Bob Dylan aime fabuler, s’inventer une existence, s’imaginer une histoire plus rocambolesque que la réalité, transcender sa propre identité. ‘Je suis celui que je me construit’ pourrait être sa devise.
Dans son indispensable roman, Cendrillon, Éric Reinhardt se demande qui il aurait été s’il n’avait pas rencontré la femme de sa vie. I’m Not There, dans la même logique d’une construction imaginaire d’avatars, pourrait tenter de répondre la question : ‘Qui aurait-été Robert Zimmerman s’il n’avait pas été Bob Dylan ?’. Sauf que l’enjeu du film ne se réduit pas au conditionnel, tant Todd Haynes marie le possible et le réel. Un mélange de chimère, de réalité et de légende. Les trois logiques s’entremêlent dans un film multi-temporel et multidimensionnel.
dylan-1.JPG Six acteurs donc, pour sept doubles imaginaires d’un seul homme. Il y a Woodie, le jeune noir traînant sa guitare dans les trains de marchandises ; Jack le chanteur contestataire ; Robbie, l’acteur adulé, motard épris de liberté et mari volage ; Arthur, le poète rimbaldien racontant sa vie à une commission d’enquête ; le Pasteur John, ancien rocker devenu prêcheur convaincu ; Billy, le vieux solitaire misanthrope exilé dans un village de western ; Jude, enfin, la folk-singer délurée, adulée et cynique, parcourant l’Angleterre pour une tournée chaotique. Le vrai Bob Dylan, c’est toutes ces réalités souvent fantasmées. La légende d’un garçon sans parents attirée par l’errance des bluesmen, l’idole James Dean, l’icône auteur de ‘protest-songs’ générationnelles, la tournée londonienne de 1964, l’ermite retiré du monde, la période évangéliste, etc. Ces multiples états hallucinés permettraient de mieux saisir l’homme. C’est le postulat de Todd Haynes, et l’idée (géniale) qui mène le film. Il mélange la réalité, les mythes avérés et souvent déconstruits par les biographes, l’image symbolique du chanteur et sa propre subjectivité.
Décapant, déstabilisant, décevant. Rien à ne reprocher aux acteurs qui sont parfaits, chacun dans leur rôle : halluciné ou mystique, destructeur ou mythomane, décalé ou évasif. La réalisation est excellente (les couleurs ou le grain du noir et blanc, le mariage des styles) et Todd Haynes réussit parfaitement à recréer une (des) époque(s). L’humour est tranchant et Haynes s’amuse avec ses propres fantasmes (voir les scènes avec le poète beatnik Ginsberg ou celle avec les Beatles). Mais le film manque cruellement de fluidité. Le réalisateur américain multiplie les allers-retours qui perdent le spectateur. La construction est hasardeuse : simple succession de courtes séquences ressemblant à des clips MTV qui ne décollent jamais. L’effusion de styles et le postulat de départ exacerbe la confusion. Enfin, si l’on ne connaît pas assez l’histoire et le mythe Dylan, le risque est grand de se perdre complètement dans les méandres d’une narration complexe.
Non, définitivement, on aurait aimé s’enflammer pour I’m Not There, peu de films réussissant à marier rigueur esthétique, innovation et imagination débridée. Mais Todd Haynes est prisonnier de son idée. Comme si Dylan, mythe insaisissable, ne pouvait se réduire ou se comprendre.

par Nicolas publié dans : itinéraire cinéma
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de A à Z...

- A -

Strawberry Jam - Animal Collective
Un homme perdu - Danielle Arbid
A l'abri de rien - Olivier Adam
Le Portrait - Pierre Assouline
De l'autre côté - Fatih Akin

- B -

The Flying Club Cup - Beirut
Smokey Rolls Down Thunder Canyon - Devendra Banhart
Shotter's Nation - Babyshambles
Jean-François Bizot -
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? -
Pierre Bayard
François-Marie Banier -
Fur and gold -
Bat for lashes
Le Royaume - Peter Berg
Bob Dylan - François Bon
Chroniques littéraires - Maurice Blanchot

- C -

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Control - Anton Cobijn
North Star Deserter - Vic Chesnutt
La fille coupée en deux - Claude Chabrol
La Radiolina - Manu Chao
Secret Sunshine - Lee Chang-Dong
Le Deuxième Souffle - Alain Corneau
Gustave Courbet - Exposition Grand Palais 2007
Darling - Christine Carrière
My Friends All Died... - Cocoon
Les Promesses de l'Ombre - David Cronenberg
The Waiting Room - Chloé
L'homme sans âge - Coppola
Un bruit qui court - Pauline Croze

- D -

The Pirate's Gospel - Alela Diane
Tom est Mort - Marie Darrieussecq
Five leaves left - Nick Drake
La Passion selon Juette - Clara Dupont-Monod
L'invitation - Etienne Daho
La mécanique du coeur - Dionysos

- E -

Nancy Elizabeth -
Battle and Victory
L'Enfer - Expo BNF

- F -

Distance and Time - Fink
Echoes, Silence, Patience & Grace - Foo Fighters
Leaving the nest - Benjy Ferree
Revival - John Fogerty

- G -

La vengeance dans la peau -
Paul Greengrass
Nouvelles Mythologies - Jérôme Garcin

- H -

Tout est pardonné -
Mia Hansen-Love
White Chalk - PJ Harvey
I'm not There - Todd Haynes

- K -

99 F -
Jan Kounen
La Forêt de Mogari - Naomi Kawase
André Kertész - Expo Chambéry
My Blueberry Nights - Wong Kar-Wai

- L -

Alabama Song -
Gilles Leroy

- M -

Dans le café de la jeunesse perdue -
Patrick Modiano
Gee Whiz but this is a Lonesome Town - Moriarty
Charles et Léo - Jean-Louis Murat
Trees Outside the Academy - Thurston Moore
Les Disparus - Daniel Mendelsohn

- N -

Ni d'Eve ni d'Adam -
Amélie Nothomb
Avant que j'oublie - Jacques Nolot

- O -

Une autre histoire de la littérature -
Jean d'Ormesson
Odeur du temps - Jean d'Ormesson

- P -

Transparent knives -
Promise and the Monster

- R - 

In Rainbows -
Radiohead
Cendrillon - Eric Reinhardt
The State of Things - Reverend and the Makers
La part obscure de nous-mêmes - Roudinesco
Un homme - Philip Roth

- S -

Persepolis -
Marjane Satrapi
Thalasso - Amanda Sthers
American Gangster - Ridley Scott

- T -

Love it when I feel like this -
The Twang
L'heure zéro - Pascal Thomas

- V -

Adieu Pony -
Constance Verluca
Ambroise Vollard - Exposition 2007 Musée d'Orsay
Paranoid Park - Gus Van Sant
Une vie - Simone Veil

- Y -

Chrome Dreams II -
Neil Young
ti_bug_fck
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