Dimanche 23 septembre 2007 7 23 /09 /Sep /2007 09:45
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Voici, au gré de mes promenades sur Internet, une sélection subjective des quelques trouvailles de la semaine. A lire, à regarder, à découvrir.

- Deux journalistes des Inrocks se lancent dans la grande aventure du blog. Serge Kaganski nous propose un "un méli-mélo bordélique, un territoire trans-rubrique, un cauchemar de rédac'chef, un endroit anti-spécialisation, un espace de liberté". Le journaliste du magazine culturel, pose une question qui dérange et qui nous taraude tous : "comment être de gauche dans le monde réel d'aujourd'hui qui a vu le triomphe planétaire du capitalisme et la déroute de toutes les utopies ?"
De son côté, Joseph Ghosn nous offre quelques billets inspirés, qui mêlent musique et dessin. Aventures à suivre.

- A quoi sert un agent en littérature ? L'agent est-il un médiateur devenu indispensable ou un rapace avide qui ne se soucie peut de l'art ? Des éléments de réponse dans un article de Télérama intitulé "L'agent fait-il le bonheur ?"

- Un billet drôle, corrosif et lumineux qui raconte toute la détresse d'un libraire que les passants ne regardent plus. Invitation à visiter les librairies, les livres, leurs histoires. Invitation à prendre son temps, à découvrir. Une réflexion perspicace sur l'abondance des romans publiés pendant la rentrée littéraire, et sur le prix desdits romans.
Les libraires sont en crise, les bibliothèques aussi. Leur fonction, leur mission, leur organisation évoluent dans un monde en mutation profonde. Trois éléments de réflexion pour l'avenir des bibliothèques.
Pour finir sur le même thème, une sélection de trois rapports officiels sur l'avenir des librairies indépendantes par Antoine Gallimard ; une étude relative à la situation économique de ces librairies ; une réflexion indispensable sur l'avenir du livre, par Sophie Barluet.

- Un dossier passionnant du magazine Sciences Humaines sur le développement personnel : pourquoi ? comment ? les différentes pratiques et les limites de cette nouvelle mode d'un Occident en quête de sens.

- Enfin, un article de Michel Onfray (publié dans Le Magazine littéraire) qui revient sur la pensée perçante et pessimiste de Schopenhauer ; ou comment la contemplation esthétique peut nous aider à dépasser le noirceur de l'existence terrestre.


Photo Isa et Jay, deux amis qui découvrent actuellement le monde, "Vue du train en arrivant sur Lhassa" (leur blog).
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire sur le net
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Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /Sep /2007 08:45
PJ-HARVEY.jpg PJ Harvey est une des rockeuses contemporaines les plus originales et talentueuses. Avec son huitième album - virage à 180 degrés - White Chalk, elle devient une chanteuse hors pair, une conteuse éblouissante.
Depuis le début des années 1990, PJ Harvey délivre régulièrement quelques albums rock d'une efficacité redoutable. Au fil de ces albums, elle donnait cependant l'impression d'une quête vers plus de pureté, plus de voix maîtrisée, plus d'instrumentation épurée. Avec White Chalk, à sortir le 24 septembre, la belle atteint son but. Les fans de rock brut et urgent  pourront être décontenancés ; les fans de pureté et de simplicité y trouveront une nouvelle icône.
Plus de guitare sur cet album, ou alors, quelques notes égoïstement délivrées, pour habiller une voix sublime. Dès le premier titre, The Devil, la nouvelle couleur de l'ensemble est posée : un piano langoureux et répétitif ; une voix aérienne, douce et domptée. Pour cette transformation stylistique, PJ Harvey s'est entourée de sa fidèle garde rapprochée, Flood et John Parish, compères producteurs de longue date (To Bring You My Love en 1995, Is This Desire en 1998). La confiance ainsi créée lui a permit les plus intimes expérimentations, les plus profondes mises à nu. Après cette entrée en la matière réussie, PJ Harvey atteint la grâce dès le deuxième titre, Dear Darkness : mélodie épurée et entêtante, voix et piano unis dans la délicatesse. On pense à Björk. Cette recette fait fureur dans quelques autres diamants étincelants : When under ether et son orchestration minimale, genre de petite comptine ; The Piano, au titre si doucement évocateur ; et surtout Broken Harp, une inestimable réussite ou l'anglaise ose chanter a capela, avant d'être accompagnée par une harpe lancinante et désarcordée. PJ Harvey, blanche de pureté sur la magnifique pochette, nous invite dans un monde de finesse et de légèreté vaguement mélancolique. Fini la rage, place à la l'élégance. Elle aimait, dans son enfance, se réfugier dans les livres, créant un monde imaginaire et torturé. Sur White Chalk, titre éponyme, ou sur Grow, Grow, Grow, elle nous livre ce monde sur un plateau. Univers angoissant dans lequel on s'émerveille de la suivre. L'album se conclue, après à peine plus de trente-cinq minutes, par The Mountain, chanson sur laquelle PJ Harvey semble avoir atteint le sommet recherché. Elle nous crie de venir la rejoindre là-haut. Indiscutablement, nous ne refuserons pas cette promenade dans les sommets de l'art maîtrisé.
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire musical
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Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /Sep /2007 13:00
vicchesnutt-web.jpg
La seule évocation du nom de Vic Chesnutt véhicule beaucoup de légendes : artiste handicapé, meurtri par la vie, protégé de REM, semi-star un temps, vite retombée dans les oubliettes du rock. Avec son douzième album, North Star deserter, l'artiste américain créé une nouvelle légende : un album inoubliable qui se placera rapidement, dans votre discothèque, à côté des plus grands.
Né au début des années soixante, Vic devient quadraplégique vingt ans plus tard. Banal accident. Renversé par une voiture. Trop bourré. Depuis quelques années, le bonhomme vit la bouteille à la main, les extrêmes comme seule limite. Il gratte une guitare ; le fait d'être dans un fauteuil ne va pas l'empêcher de continuer. Il enregistre quelques albums confidentiels, est "repéré" par REM, continue sa route et le succès lui fait un petit signe au début des années 1990 (Drunk - titre de circonstance). Puis, plus rien ; enfin pas grand chose, quelques nouveaux albums qu'écoutent une poignée de fans illuminés. Mais avec cette douzième livraison, le réseau de fans devrait incontestablement s'agrandir. Vic nous offre, en cette rentrée morose, une pépite, une évasion, une fenêtre sur l'infini, un album magistral, puissant, indispensable. Comment a-t-il fait? 
Il a fait des rencontres, tout simplement. Il a rencontré une famille : Constellation ; et un producteur : Jem Cohen. Constellation, c'est un petit label canadien ; mais plus qu'un label, c'est une famille qui regroupe en son sein des artistes terriblement originaux et exigeants : A Silver Mt Zion (SMZ), Godspeed Your Black Emperor !, Frankie Sparo, etc. Vic a rejoint cette famille, et il y a été accueilli comme un grand-père ; un grand-père qui raconte ses histoires et qu'on accompagne. Pour l'enregistrement de son disque, il a rejoint la mythique maison familiale : l'Hotel2tango. Et puis, il y a donc Jem Cohen, réalisateur de cinéma inexpérimenté en musique, avec uniquement à son actif quelques clips musicaux pour REM (tiens, tiens...) ou Fugazi. Le décor est planté ; une légende de plus. 
North Star deserter est donc le fruit de ces rencontres. Disons le tout de suite : cet album pourrait bien être un des chocs de l'année. Il s'ouvre sur la magnifique chanson d'un vieux cowboy à la voix rocailleuse (Warm). Car Vic, c'est d'abord une voix unique. Les syllabes traînent en longueur, se perdent jusqu'à ressembler à une immense plainte, donnant aux titres une couleur mélancolique. Les âpretés de la vie, il connait. Les chanter, il le fait mieux que personne. Une simple guitare, une basse présente et répétitive, suffisent pour donner vie à cette chanson. Puis, les titres s'enchaînent, véritable suite d'ambiances musicales magnifiquement créées par les membres de SMZ. Ambiance sinistre, terrifiante, pernicieuse et malsaine (Glossolalia) ; ambiance intimiste, solitaire et triste (l'énorme Everything I say) ; ambiance d'une soirée au coin du feu passée à écouter un sage (Wallace Stevens) ; ambiance d'incantation aérienne et épurée (Folder on her wings, chanson qu'il faudrait écouter 1000 fois avant d'en saisir réellement la beauté) ; ambiance d'un film noir à la Lynch sur Splendid, titre de huit minutes offrant une des plus belles introductions de ces dernières années - larsen, vibrato de guitare, épouvantables sons grinçants. Vic Chesnutt chante le malheur, la fragilité, l'angoisse, les êtres sur le fil du rasoir ; il offre un album à écouter seul le soir, le casque solidement accroché sur les oreilles. "We did everything we could" murmure-t-il à la fin des huit minutes de pur bonheur de Splendid. Vic et sa constellation étoilée ont fait mieux : ils délivrent une bombe. Pas une bombe atomique, non. Une bombe à retardement, qui chaque jour, nous touche, nous dérange, nous accompagne. Un chef d'oeuvre, incontestablement.
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire musical
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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /Sep /2007 11:20



Dans un programme d'une grande cohérence consacré à l'Europe de l'est, le Choeur de Radio France, dirigé par Matthias Brauer, a délivré hier, pour sa deuxième sortie de la saison 2007-2008, un concert inégal en intensité et en émotion : première partie subtile et prenante ; dernière pièce décevante.
Au programme donc, trois pièces de trois compositeurs venus d'Europe de l'est : les tchèques Anton Dvorak (Messe en ut majeur pour choeur et orgue op.86) et Leos Janacek (Notre Père pour choeur, orgue et harpe) et l'estonien Arvo Part (Deux psaumes slaves pour choeur a cappella). Sous la direction de Matthias Brauer, le Choeur de Radio France fut, hier, à la hauteur des attentes, sans plus. Dans un cadre magnifiquement approprié au programme religieux du récital, la formation fit le maximum pour donner vie à trois oeuvres similaires sur le papier (deux psaumes, une pière, une messe), totalement différentes dans la réalité, et au rendu foncièrement opposé. 
Commençons par la fin : Anton Dvorak ne m'a pas convaincu. L'auteur de la Symphonie du nouveau monde a écrit une Messe trop académique pour être émouvante, pas assez éthérée pour être touchante, trop ressassée pour être passionnante. Peu d'originalité dans cette oeuvre, des choeurs trop massifs, des soli surannés. L'interprétation des solistes fut également décevante, en particulier dans l'équilibre des voix ; Pascal Bourgeois, ténor, étant incapable d'amener son chant à la hauteur d'une soprano (Paola Munari) beaucoup plus irrésistible. Seule la dernière pièce de la Messe de Dvorak (l'Agnus Dei) offrit la possibilité de s'émouvoir.
Bien plus intéressantes et prenantes furent les premières pièces présentées à Saint-Eustache hier. Arvo Part, compositeur estonien contemporain né en 1935 et naturalisé autrichien en 1980, a écrit une musique simple mais fortement saisissante, en mode mineur, dramatique. Les deux Psaumes chantés hier furent une réelle réussite, tout en gravité légère, en pathétique aérien. Le ténor, Pierre Valleo, livra une partition parfaitement maîtrisée, pleine émotion et de nuances.
Mais c'est surtout le Notre Père de Janacek qui restera dans les esprits. Le compositeur tchèque qui travailla au tournant du XIXe siècle donna un nouveau souffle à la prière chrétienne ancestrale. Décomposée en cinq mouvements contrastés, tantôt suppliants, tantôt enjoués, cette pièce est une réussite incontestable. L'interprétation fut totalement à la hauteur. Le Choeur, magnifiquement accompagné d'une harpe et d'un orgue précis, chanta les subtilités du musicien tchèque avec beaucoup d'aisance.
Prochain rendez-vous le 17 octobre pour fêter le 60e anniversaire du Choeur (Eglise Saint-Eustache, 20h). 

(Photo Guy Le Querrec)

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire musical
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 13:54

Nouvelles mythologiesEn cette (trop riche !) rentrée littéraire 2007, vous pouvez acheter le livre de Belinda Cannone (La bêtise s'améliore) ou le dernier essai d'Emmanuel Todd (avec Youssef Courbage, Le rendez-vous des civilisations), mais vous pouvez (vous devez !) aussi acheter l'excellent recueil de textes rassemblés par Jérôme Garcin dans Nouvelles mythologies (Seuil, 14 euros). A travers soixante petits écrits vifs et précis, ce sont soixante écrivains (Frédéric Beigbeder, Patrick Rambaud, Philippe Sollers), journalistes (PPDA, Laurent Joffrin, Denis Jeambar), économistes (Jacques Attali, Thierry Pech, Nicolas Baverez), philosophes ou sociologues (Gilles Lipovetsky, Georges Vigarello), parmi les plus éminents, qui analysent soixante mythes qui font (et défont) notre modernité ; et cela vaut parfois mieux que les plus lourdes et pompeuses analyses pseudo-scientifiques qui se perdent dans les dédales d'une pensée par trop académique et poussiéreuse qui s'auto-contemple. Pourquoi ce livre ? D'abord pour rendre hommage à Roland Barthes qui publiait en 1957 Mythologies dans lequel il analysait la société de l'après-guerre à travers quelques objets cultes (voire cultissimes) : la DS, le vin et le lait, le bifteck et les frites, etc. Jérôme Garcin, digne héritier et admirateur du penseur, souligne la modernité de cette démarche sémiotique ("théorie générale des signes dans toutes leurs formes et dans toutes leurs manifestations ; théorie générale des représentations, des systèmes signifiants ; étude des pratiques, des comportements et des phénomènes culturels conçus comme des systèmes signifiants") et place ce projet dans le cadre d'une filiation qui ne devrait jamais s'arrêter : Nouvelles mythologies ne doit être qu'une étape sans cesse renouvelée.
Ces soixante petits essais sont parfaits. Ils mêlent humour (Bessora sur "Les compagnies low-cost), critique intelligente et perspicacité (Angie David à propose de "L'Ipod") et causticité ; et ils assènent quelques vérités dérangeantes par leur réalisme et leur simplicité (voir Besson et Beigbeder sur "Les journaux gratuits" et "Le GPS). Bien sûr, ils véhiculent une indispensable mauvaise foi (Pierre Assouline sur "Michel Houellebecq") ; ils distillent, pour être percutants, des aphorismes parfois désolants de platitude et trop réducteurs (Philippe Raynaud discourant sur "Le tailleur de Ségolène Royal") ; mais tous ces petits essais sont une formidable incitation à la réflexion, à la prise de recul (Delerm sur "Le téléphone portable"), à la mise en perspective de certaines réalités de notre quotidien ("Le commerce équitable" par François Forestier), à la méditation sur tous ces mythes collectifs qui finalement nous représentent tant (Lanzmann sur "Le 11 septembre 2001"). 
L'éventail des thèmes abordés est très large (du "Football roi" au "Sushi", d'"Emmanuelle Béart" au "SMS") ; la palette des styles est très diversifiée - chaque auteur a su donner son empreinte à son essai (voir l'irremplaçable Philippe Val), ce qui donne à l'ensemble beaucoup de rythme. Finalement, ces courts textes sont une invitation ; une invitation à regarder les objets, les personnes, ou les coutumes qui nous entourent d'un autre oeil ; une invitation à prendre la plume pour écrire sur des sujets qui font 2007 et qui ne sont pas abordés ici. Alors, en vrac, voici quelques idées : Nicolas Sarkozy, le Vélib', Sébastien Chabal, MSN Messenger, etc. Faites moi part de vos idées ! Bientôt, je l'espère, je lancerai un blog rassemblant des textes sur ces nouveaux mythes du XXIe siècle... Affaire à suivre.

Quelques morceaux (très subjectivement) choisis :

- "Un mythe est un fantasme qui s'incarne pour un groupe, se fixe dans un récit, devient même le lieu commun qu'un public aime fréquenter ; pour s'y retrouver, s'y réchauffer, face à ceux dont le fantasme est différent" (Daniel Sibony) ;
- "La vie est une promenade au cours de laquelle il y a le travail, l'amour, l'amitié, les deuils, les échecs et les réussites. Le plaisir que l'on a à vivre est la seule et unique justification solide de la vie. Quand on nous dit qu'elle a un sens, et qu'il consiste à travailler plus pour gagner plus, l'échéance de la mort naturelle peut très vite se transformer en désir de mort volontaire" (Philippe Val) ;
- "Quand on a tout pour être heureux, le plus gros reste à faire. Passer d'avoir tout pour être heureux à être heureux, c'est ce qu'il y a de plus dur" (Philippe Val) ;
- "Un jour, peut-être, la vie sera conquête de liberté et non plus réduction de contraintes" (Jacques Attali) ;
- "La diabolisation du plombier polonais a acté le basculement de la gauche française vers des positions protectionnistes, malthusiennes et nationalistes, qui l'on coupée de la modernité" (Nicolas Baverez) ;
- "Il y a une mauvaise conscience du téléphone portable, comme il y en a une de la télévision" (Philippe Delerm) ;
- "C'est sans doute la fonction introspective qui explique le mieux la passion actuelle des Français pour les sondages. Car la société française est devenue opaque à elle-même" (Thierry Pech)

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire littéraire
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 01:10

demoiselles-d-avignon.jpg
2007 est une année anniversaire pour l'oeuvre de Picasso : il y a cent ans, le génie espagnol brisait les formes en peignant Les demoiselles d'Avignon ; il y a soixante-dix ans, il montrait toute l'atrocité de la guerre dans une immense toile portant le nom d'une petite ville d'Espagne bombardée pendant la guerre civile : Guernica. Deux révolutions picturales majeures du siècle dernier, deux chefs d'oeuvre uniques dans l'histoire de la peinture. Picasso bouleverse les esprits et les conceptions de l'art, il déconstruit les formes, et se pose en précurseur de l'art moderne. L'accueil des Demoiselles d'Avignon est assez timoré. Ambroise Vollard (voir ici) est sceptique face à l'originalité et la singularité des expérimentations du maître. Mais après la révolution des couleurs des impressionnistes, c'est bien d'une véritable révolution des formes dont il est l'auteur. Destruction ;  révolte contre tout l'académisme de la peinture occidentale depuis la Renaissance ; nouvelles sources d'inspirations - peuples primitifs, et en particulier les masques africains ; géométrisation et nouvelle utilisation de l'espace pictural. Toute l'évolution artistique du XXe siècle est résumée dans cette libération esthétique, dans ce mélange de naturalisme et d'abstraction, dans ces formes éclatées. Véritable coup de génie que le génie Picasso reproduira trente ans plus tard. Les temps ont changé : la grande guerre et ses atrocités ont laissé un goût amer aux artistes ; les boucheries humaines sont encore présentes à l'esprit, mais l'Europe s'oublie dans une paix passagère. En Espagne, la guerre civile éclate, les civils sont bombardés, et Pablo Picasso fabrique, à partir d'un fait de guerre anodin dans sa monstruosité, une oeuvre totalement personnelle et hallucinée. Immense fresque sombre et inquiète, Guernica semble annoncer les temps obscurs qui s'abattront deux ans plus tard sur l'Europe. Picasso inonde la toile de ses angoisses nées de la guerre.
Le Musée Picasso à Paris rendra hommage à partir du 19 septembre et jusqu'au 7 janvier 2008, à l'oeuvre cubiste de Picasso (une première en France). A l'heure ou certains prélats totalitaires et fascistes s'insurgent contre "l'art dégénéré", il est de bon ton de rappeler l'étonnante modernité d'un peintre visionnaire, inspiré et audacieux qui n'hésita pas à briser les conventions picturales de son époque.

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire culturel
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Lundi 17 septembre 2007 1 17 /09 /Sep /2007 08:45
nuit---toil--e.jpg Voilà une exposition qu'il ne fallait pas rater, et pourtant, je ne l'ai vue qu'hier, son dernier jour. Au musée d'Orsay étaient exposées depuis début juin, les plus belles oeuvres achetées, vendues ou détenues par Ambroise Vollard, talentueux marchand d'art qui côtoya, lança ou se méfia de tout ce que la peinture compta de génie à la fin du XIXe et au début du XXe sicèle. Né à la Réunion en 1866, il vient à Montpellier puis à Paris faire son droit. Comment ce fils de notaire, sans nom et sans argent, va-t-il devenir un exceptionnel marchand d'art visionnaire, passionné et bienveillant ? C'est ce que nous raconte cette sensationnelle exposition.
En 1895, Ambroise Vollard est le premier à faire confiance à Cézanne, dans une exposition qui lance l'artiste et le marchand. Les profits obtenus suite à la forte augmentation de la cote du peintre permettent à Ambroise Vollard de prendre des risques. Cinq ans après la mort de l'artiste hollandais, et sans ne l'avoir jamais rencontré, il expose Van Gogh dans sa petite galerie. Puis il se lie d'amitié avec Degas et Renoir ; les trois hommes s'enrichissant mutuellement de leur expérience, de leur enthousiasme, de leurs découvertes, etc. Il expose les nabis, les fauves - il est le premier à donner une chance à Matisse, en 1904 - puis rencontre Picasso. Ce dernier ne l'enchante guère, il hésite face à ses multiples expérimentations picturales et ses changements de style ; et regrettera souvent de n'avoir pas cru en l'artiste espagnol.
Cette exposition est magique à plusieurs égards. En premier lieu, les oeuvres présentées au Musée d'Orsay figurent parmi quelques unes des plus belles réussites de la fin du XIXe et du début du XXe : Les joueurs de cartes, Le garçon au gilet rouge ou Le fumeur accoudé de Cézanne ; Armand Roulin, les couleurs vive de L'Arlésienne ou les variations bleues de La nuit étoilée de Van Gogh ; La coiffure de Degas ; etc. Cette exposition est donc une parfaite illustration des évolutions picturales du siècle dernier. Magnifiquement intitulée "De Cézanne à Picasso", ce rassemblement en un seul lieu des chefs d'oeuvres commercialisés par Vollard offre au spectateur une magnifique rétrospective.
Mais cette exposition est surtout l'admirable histoire d'un homme qui, à seulement 29 ans, devient une pièce incontournable du marché de l'art. L'on touche du doigt, grâce à cette exposition, les qualités nécessaires pour exercer cette formidable profession : l'audace, le goût, la prise de risque, la passion, la capacité à accepter les échecs, l'humilité, la frustration peut-être. On apprend également beaucoup sur les relations entre l'artiste et le marchand, relation faite de complicité, de méfiance parfois, de tendresse souvent, de passion commune toujours. 
Cette magnifique exposition, formidable portrait d'une époque et d'un marché de l'art dynamique et novateur, est malheureusement terminée ; mais Ambroise Vollard n'était pas seulement un marchand d'art, un découvreur de talents et un passeur de génie, il fut aussi un connaisseur éclairé capable de rédiger de très belles monographies ou de livrer de truculentes mémoires (Souvenirs d'un marchand de tableaux). Mémoires à lire absolument pour mieux comprendre un homme passionné, et pour mieux saisir l'évolution cruciale de la peinture au tournant du XXe siècle.
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire culturel
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Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /Sep /2007 11:10
callas1.png Des cordes enchaînent quelques magnifiques et simples arpèges puis une flûte aérienne distille une mélodie douce et langoureuse. Une femme, cheveux très noirs et longs yeux tristes aux cils fortement maquillés, le visage sombre congestionné, les bras croisés sur la poitrine, un collier et de grosses boucles d'oreille de diamants éclatants est au centre de la scène, dodelinant légèrement de la tête, au son de la flûte qui se fait plus inquiétante. Derrière, un choeur d'hommes et de femmes attentifs et transportés. La femme, dans sa longue robe, commence à chanter. La tête penchée, la main sur le coeur, les premières notes fragiles et légères sont emplies d'émotion, d'inquiétude et de grâce. LA voix du XXe siècle interprète Norma de Bellini.


Chaste déesse, qui teins d'argent,
ces antiques forêts sacrées,
tourne vers nous ton beau visage,
sans nuage et sans voile.
Modère encore le zèle hardi,
modère le zèle des coeurs ardents,
répands sur la terre cette paix
que tu fais régner au ciel.


Cet air déchirant, poignant, tragique, douloureux, triste et émouvant restera à jamais encré en moi. L'interprétation est éthérée, sensible et juste, délicate et implorante, pure et grave, céleste et cruelle.

Il y a trente ans à Paris, le 16 septembre 1977, mourrait Maria Callas.

(Vidéo disponible sur Dailymotion)

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire musical
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Samedi 15 septembre 2007 6 15 /09 /Sep /2007 08:57
La nouvelle pourrait faire rire si elle n'était pas insensée : Gilbert Montagné a été chargé par Nicolas Sarkozy - par l'intermédiaire du ministère du Travail - d'une mission sur les malvoyants. Notre cher Président, atteint avec cette nomination, les sommets du ridicule, ou comment la communication érigée en art peut parfois faire un flop. Nous ne remettons pas en cause les compétences de Monsieur Montagné sur le sujet ; mais nous voulons simplement interroger Sarkozy sur plusieurs points : outre son grotesque effet de communication, cette nomination symbolise un clientélisme bien ancré dans les nouvelles moeurs présidentielles. Rappelons que l'artiste est un proche du nouveau président ; soutien affiché de Sarkozy pendant la campagne, il alla même jusqu'à lui composer une chanson. Mais c'est le fond qui est le plus grave.
Les gouvernants ont toujours eu tendance, tendance qui s'est amplifiée depuis mai, à multiplier les rapports et autres commissions d'experts sur des sujets économiques, sociaux ou culturels. Nous ne comptons plus les commissions (sur les institutions, sur la croissance...) qu'a mis en place Sarkozy depuis son arrivée au pouvoir. Le plus souvent, ces rapports sont remis au pouvoir en grande pompe, faisant la une des journaux, avant de tomber dans les oubliettes de l'administration. Un exemple pour étayer mes propos : la TVA sociale. Depuis que notre système est en panne, depuis la perte de compétitivité de nos entreprises, les rapports se sont multipliés sur le sujet :
- Rapport d'information sur la TVA comme mode de financement alternatif de financement de la protection sociale
en 2007,
- Rapport d'information sur les prélèvements obligatoires et leur évolution
en 2006,
- Rapport d'information sur le financement de la protection sociale et la réforme du système de santé en Allemagne également en 2006 ;
- Rapport du groupe de travail sur l'élargissement de l'assiette des cotisations employeurs de sécurité sociale toujours en 2006, etc.
Je ne cite ici que les rapports publics, et l'on pourrait multiplier les exemples du même type. Et qu'a fait Nicolas Sarkozy en arrivant au pouvoir ? Il désigne Eric Besson comme LE nouveau spécialiste du sujet, lequel nouveau spécialiste va encore une fois interroger les mêmes experts, conclure avec les mêmes recommandations. Et là encore, Nicolas Sarkozy a fait travailler sur le sujet Eric Besson et Christine Lagarde, qui sont arrivés au mêmes conclusions, mais les rapports vont donner lieu à un rapport sur les rapports, avant peut-être, d'être le fondement d'une nouvelle loi. Nos politiciens manquent cruellement d'audace quand il faut trancher ! Une des premières décisions d'un président désireux de réduire le nombre fonctionnaire, serait de limiter les commissions, les conseils d'experts, les rapports. Mais parfois, la communication est plus importante que le fond...

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire politique
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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 18:59
"L'homme, chaque soir en se couchant, peut compter ses pertes : il n'y a que ses ans qui ne le quittent point, bien qu'ils passent ; lorsqu'il en fait la revue et qu'il les nomme, ils répondent : "Présents !" Aucun ne manque à l'appel."

Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire méditatif
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de A à Z...

- A -

Strawberry Jam - Animal Collective
Un homme perdu - Danielle Arbid
A l'abri de rien - Olivier Adam
Le Portrait - Pierre Assouline
De l'autre côté - Fatih Akin

- B -

The Flying Club Cup - Beirut
Smokey Rolls Down Thunder Canyon - Devendra Banhart
Shotter's Nation - Babyshambles
Jean-François Bizot -
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? -
Pierre Bayard
François-Marie Banier -
Fur and gold -
Bat for lashes
Le Royaume - Peter Berg
Bob Dylan - François Bon
Chroniques littéraires - Maurice Blanchot

- C -

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Control - Anton Cobijn
North Star Deserter - Vic Chesnutt
La fille coupée en deux - Claude Chabrol
La Radiolina - Manu Chao
Secret Sunshine - Lee Chang-Dong
Le Deuxième Souffle - Alain Corneau
Gustave Courbet - Exposition Grand Palais 2007
Darling - Christine Carrière
My Friends All Died... - Cocoon
Les Promesses de l'Ombre - David Cronenberg
The Waiting Room - Chloé
L'homme sans âge - Coppola
Un bruit qui court - Pauline Croze

- D -

The Pirate's Gospel - Alela Diane
Tom est Mort - Marie Darrieussecq
Five leaves left - Nick Drake
La Passion selon Juette - Clara Dupont-Monod
L'invitation - Etienne Daho
La mécanique du coeur - Dionysos

- E -

Nancy Elizabeth -
Battle and Victory
L'Enfer - Expo BNF

- F -

Distance and Time - Fink
Echoes, Silence, Patience & Grace - Foo Fighters
Leaving the nest - Benjy Ferree
Revival - John Fogerty

- G -

La vengeance dans la peau -
Paul Greengrass
Nouvelles Mythologies - Jérôme Garcin

- H -

Tout est pardonné -
Mia Hansen-Love
White Chalk - PJ Harvey
I'm not There - Todd Haynes

- K -

99 F -
Jan Kounen
La Forêt de Mogari - Naomi Kawase
André Kertész - Expo Chambéry
My Blueberry Nights - Wong Kar-Wai

- L -

Alabama Song -
Gilles Leroy

- M -

Dans le café de la jeunesse perdue -
Patrick Modiano
Gee Whiz but this is a Lonesome Town - Moriarty
Charles et Léo - Jean-Louis Murat
Trees Outside the Academy - Thurston Moore
Les Disparus - Daniel Mendelsohn

- N -

Ni d'Eve ni d'Adam -
Amélie Nothomb
Avant que j'oublie - Jacques Nolot

- O -

Une autre histoire de la littérature -
Jean d'Ormesson
Odeur du temps - Jean d'Ormesson

- P -

Transparent knives -
Promise and the Monster

- R - 

In Rainbows -
Radiohead
Cendrillon - Eric Reinhardt
The State of Things - Reverend and the Makers
La part obscure de nous-mêmes - Roudinesco
Un homme - Philip Roth

- S -

Persepolis -
Marjane Satrapi
Thalasso - Amanda Sthers
American Gangster - Ridley Scott

- T -

Love it when I feel like this -
The Twang
L'heure zéro - Pascal Thomas

- V -

Adieu Pony -
Constance Verluca
Ambroise Vollard - Exposition 2007 Musée d'Orsay
Paranoid Park - Gus Van Sant
Une vie - Simone Veil

- Y -

Chrome Dreams II -
Neil Young
ti_bug_fck
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