Lundi 30 juillet 2007
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Personne n'a oublié
Jim Morrison, sex-symbol provocateur, leader des Doors, mort à seulement 27 ans dans une chambre d'hôtel parisienne. Tout le monde connaît la voix bouleversante de Jeff Buckley, et sa mort
tragique à trente ans, noyé. Beaucoup se souviennent de Kurt Cobain, étoile filante torturée resté trop peu de temps dans notre galaxie (il s'est suicidé à 27 ans). Sans parler d'Hendrix mort
d'une overdose à 27 ans, de Ian Curtis (chanteur du mythique Joy Division mort à 23 ans) ou de l'immense Janis Joplin, morte elle aussi d'overdose à 27 ans. Le trentième anniversaire fut
inatteignable pour beaucoup d'artistes rock torturés, trop sensibles et fragiles. L'un d'entre eux est certes moins connu, mais il a tout autant sa place au Panthéon du rock. Il s'agit de
l'éblouissant Nick Drake, mort à 26 ans d'une surdose de médicaments (accident ? suicide ?). Trop faible, simple passager sur cette terre, juste le temps de nous livrer dix perles intemporelles
sur un premier album à écouter sans modération : Five leaves left.
Nick Drake naît en 1948 en Birmanie (son père y travaille), puis s'installe avec sa famille unie et très heureuse non loin de Birmingham. Très tôt attirée par la
musique, il étudie divers instruments, écoute sans relâche Tim Buckley, Van Morrisson, Bob Dylan et consorts, et est très vite repéré par un producteur d'Island. Il entre en studio à vingt ans, à
l'époque ou la jeunesse française se rebelle. Le chef d'oeuvre sort en 1969 dans une relative indifférence du public.
Pourtant, tout y est beauté et sensibilité. La voix est nonchalante et un peu hors du rythme (Time has told me), mais toujours poignante et proche de la
rupture (le saisissant River man). L'accompagnement est résumé à sa plus simple expression : un piano, une guitare, quelques percussions subtiles ('Cello song) mais surtout des
cordes très sombres et déchirantes.
Nick Drake est l'homme d'un album mythique. Ses concerts pour promouvoir son premier album sont une torture. D'une timidité maladive, introverti à
l'extrême, il fuit le public et la célébrité. Sorti en 1970, Bryter Layter déçoit. Triste illustration de la difficulté du deuxième album, quand le premier est un sommet d'émotion.
Les ventes sont mauvaises, le chanteur ne s'en remettra jamais vraiment. Dernier album annonciateur du pire en 1972, Pink Moon "est à l'instar des disques de Syd Barrett, un de de ceux
où, pour l'auditeur, l'émotion est sans cesse parasitée par le malaise de se sentir voyeur (Dictionnaire du Rock). La fin, malheureusement prévisible, est tragique : internement,
incapacité à écrire, solitude, et puis cette mort.
Nick Drake avait du mal à s'exprimer dans le langage courant. Trop craintif et timide. Son Five leaves left est son expression à lui, faite d'une
sensibilité débordante et d'une intarissable mélancolie. Three hours nous permet de mieux comprendre un artiste de haut vol. La voix alterne entre la gravité et l'aérien, comme si Nick
Drake avait cherché à s'élever d'une condition oppressante. Les percussions sont plus joyeuses, mais dès le dernier accord, il enchaîne avec Way to blue et ses cordes
étouffantes.
De son vivant, Nick Drake eut un succès limité, tant pis pour eux. Depuis près de quarante ans, les albums de Nick Drake sont toujours bien vivants, et ils
inspirent des générations de folk singer. Tant mieux pour nous.
Par Nicolas
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Publié dans : itinéraire musical
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