
Persepolis, mythique capitale de l'empire perse achéménide, brillait par sa grandeur et sa culture avant d'être détruite par Alexandre le Grand. Elle était le symbole de
l'unité et de la diversité de l'empire. Persepolis, de Marjane Satrapi, dénonce un régime à l'inverse totalitaire et obscurantiste et les folies de la guerre. Cette bande
dessinée est le récit autobiographique d'une petite fille qui voit son pays sombrer dans la révolution islamique ; puis se déchirer avec son voisin irakien. La jeune Marjane, guidée par
des parents progressistes fuit vers l'Autriche où elle souffre d'un profond déracinement (solitude, perte d'identité) qui la mènera au désespoir puis dans la rue. Elle rentre dans on
pays, y fait l'expérience du décalage, puis du mariage qui finit en échec. A travers une histoire particulière et singulière, c'est d'abord l'évolution dramatique d'un pays que dessine
donc Marjane Satrapi. Le dessin justement, en noir et blanc, est très simple, mais très évocateur. La naïveté feinte permet de dénoncer les pires atrocités : les exécutions
sommaires, les dénonciations, l'institutionnalisation de la peur comme mode de gouvernement. Marjane Satrapi est une femme sans concession - aussi bien par rapport au régime que
par vis-à-vis d'elle-même - mais sans défaitisme absolu non plus. Elle parle de la vie iranienne à son retour, des fêtes souterraines, d'une pseudo-liberté s'installant dans
une certaine complicité avec le régime. Mais c'est aussi le récit d'une jeune fille (presque comme les autres), optimiste et indépendante, rêveuse et solitaire qui fait son entrée dans l'âge
adulte. Persepolis, ce n'est donc pas seulement l'Iran, c'est aussi une initiation, des découvertes et beaucoup d'humour.
Le récit est fortement empreint d'émotion, sans jamais tomber dans un sentimentalisme voyeur. Marjane Satrapi, par ses dessins dans lesquels seul subsiste
l'essentiel, frappe les esprits mieux que n'importe quelle photo (voir par exemple une planche noire au texte sobre suite à la découverte de la mort de ses voisins). Mais l'optimisme,
l'envie, l'énergie et la volonté refont toujours surface, malgré les épreuves. Persepolis est un récit lucide et relativiste, détaché mais engagé.
Certaines scènes, certains visages m'évoquent Le Cri de Munch, son ambiance oppressante et angoissante. Comme dans le tableau, le spectateur est inclus dans les dessins.
Persepolis émeut, fait rire, réagir, mais implique, forcément. Et rien que pour ça, il mérite tout notre attention et notre respect.
"Persepolis" a d'abord été publié en quatre tomes 2000 et 2003 avant d'être rassemblés aujourd'hui en un seul à un prix très intéressant.
(Photo
Jean Gaumy : Veiled women practice shooting of the outskirts of the city)
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