
"She's lost control" chantait Ian Curtis. Le leader de Joy Division n'a jamais eu le contrôle de sa vie. Il a subi son existence dans la plus profonde douleur. Il a enduré la
maladie, éprouvé les tiraillements de l'amour, mais il a laissé au monde un testament musical unique. Ligne de basse oppressante, rythme saccadé, paroles lugubres : la musique de Joy Division
n'était pas gaie, mais elle était poignante. Control est un film noir, mais il est bouleversant d'émotion.
Le film commence en 1973. Ian Curtis est un adolescent solitaire et tourmenté, qui passe ses journées, allongé sur son lit en fumant des cigarettes, à écouter Lou Reed, David
Bowie ou Iggy Pop ; à lire les auteurs de la Beat Generation (Kerouac, Burroughs). Après un concert des Sex Pistols, trois musiciens lui proposent de
devenir le chanteur de leur groupe ; occasion bénie de mettre en musique ses textes torturés et noirs. Joy Division est né, et Joy Division deviendra une légende après la mort de son leader, le
18 mai 1980. Control retrace cette fulgurante aventure musicale, mais aussi le parcours d'un adolescent marié trop tôt, devenu père trop vite, érigé en star trop rapidement. Trois étapes
que Ian Curtis, jeune homme profondément morose, n'était pas prêt à franchir. Ce brillant biopic décrit les premiers concerts, les premières déceptions, la notoriété grandissante,
les premiers enregistrements ; mais aussi les atermoiements amoureux de Ian Curtis. Marié à Debbie à seulement 19 ans, Ian rencontre lors d'un concert Annick, une jeune belge dont il tombe
amoureux. Le film relate la longue descente aux enfers d'un éternel adolescent grandit trop vite, souffrant de crises d'épilepsie dévastatrices, endurant la distance croissante entre sa vie et
son rêve, subissant les effets contradictoires de la notoriété musicale. Le jour du départ vers les Etats-Unis pour une tournée qui aurait due être triomphante, Ian Curtis se pend dans sa maison.
Il n'avait que 23 ans

Control est le premier film du photographe et réalisateur de clip vidéos Anton Corbijn (U2, Depeche Mode) qui délivre une véritable
merveille visuelle. Entièrement en noir et blanc, les images sont magnifiques. Corbijn, avec virtuosité, donne corps à une époque - la fin des 1970s qui sonne l'achèvement des trente glorieuses -
; à un lieu géographique triste à mourir - la banlieue de Manchester. Les scènes de concerts sont de purs moments de bonheur tant ils rendent l'énergie du groupe, la présence de Ian
Curtis, la passion grandissante des fans, l'atmosphère de petits clubs glauques et enfumés de l'Angleterre profonde et ouvrière.
Mais Control n'est pas seulement une biographie musicale de plus. C'est aussi l'histoire assez banale d'un adolescent souffreteux, mélancolique et lugubre, cherchant en l'art une
transcendance, un exutoire, un antidote ; la chronique d'un jeune homme aux tendances suicidaires, trop fragile face à la réalité douloureuse du monde ; le récit d'un garçon irréfléchi
et écartelé entre deux amours destructeurs. Sam Riley campe parfaitement le leader de Joy Division. Tantôt affligé, tantôt ébahi, son regard est exceptionnel d'émotion intense. Sam Riley - dont
c'est le premier vrai film - EST Ian Curtis. Ses mimiques sur scènes, ses crises d'épilepsie sont jouées avec un réalisme désarmant. Les personnages secondaires sont aussi magnifiquement
interprétés, avec une mention spéciale à Samantha Morton - exceptionnelle Debie Curtis, tout en douleur, en amour éperdu, en dévotion - et à Alexandra Maria Lara - sublime Annick, fausse
journaliste et vraie amante fragile et attentionnée.
Malgré quelques longueurs, Control est une grande réussite, une magnifique adaptation de la biographie de Deborah Curtis parue en 1995. La bande son y est bien sûr pour beaucoup, mêlant
habilement des titres de Joy Division et des perles du Velvet Underground, de The Buzzcocks, d'Iggy Pop ou des Sex Pistols. Chaque scène est un somptueux mini-clip, chaque second est une
sublime photographie. L'angoisse est diffuse et s'accentue à chaque instant, même si certaines scènes plus joyeuses laissent un peu de répit au spectateur. Le climat oppressant trouve son apogée
dans les dix dernières minutes du film.
Ian Curtis, leader de Joy Division, fut un être inadapté à la vie sur terre, tiraillé entre une vie familiale trop convenue, une amante passionnée et une vie consacrée à la musique.
Control rend magnifiquement ces déchirements. LE film du mois.
Photo copyright "La Fabrique des films"
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