Lundi 8 octobre 2007
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Le nouveau roman
de Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, est un bijou. Récit sombre et vaporeux, symbole de l'univers unique d'un auteur unique. Cent cinquante page de chassés-croisés
mystérieux et jouissifs.
Dans le café de la jeunesse perdue. Quel titre ! Un programme à lui tout seul, un résumé brillant et magistral d'une oeuvre qui ne l'est pas moins. Quatre narrateurs, quatre habitués du
Condé, un petit bar du quartier de l'Odéon comme il en existe tant à Paris. Quatre narrateurs qu'un nom rassemble : Louki, une jolie jeune fille brune aux yeux verts. Louki, le surnom de
Jacqueline Demanque épouse Chourreaux. Ces quatre narrateurs - dont Louki - nous livrent par petites touches à peine esquissées des indices sur une jeune femme mystérieuse et perdue. Louki, qui
vit seule avec sa mère, travailleuse de nuit au Moulin Rouge. Louki, qui rencontre une certaine Jeannette Gaul, amie unique qui l'entraîne dans les bas-fonds parisiens, dans lesquels se croisent
une somme de drogués et de personnages inquiétants. Louki, qui épouse le taciturne Jean-Pierre Chourreau, sur un coup de tête, sans amour ni espoir. Elle le quitte, fuit et se construit une
nouvelle vie au Condé. Elle y rencontre Raymond. Ils s'aiment, puis elle disparaît, une nouvelle et dernière fois. "Elle voulait s'évader,
fuir toujours plus loin, rompre de manière brutale avec la vie courante, pour respirer à l'air libre. Et puis il y avait aussi cette peur panique, de temps en temps, à la perspective que les
comparses que vous avez laissés derrière vous puissent vous retrouver et vous demander des comptes", raconte l'amant esseulé et
désespéré.
Patrick Modiano, plus que jamais, est un brouilleur de pistes. Les narrateurs changent, les chemins se croisent, les histoires se mêlent, chacun livrant quelques clefs pour mieux comprendre
Louki. Nom exotique pour une jeune fille belle et désemparée, qui cherche et se cherche. Dans le café de la jeunesse perdue est un roman de la fuite. Fuite du passé, du présent et de
l'avenir. Raymond affirme "Sur la Rive gauche, je voulais éviter de croiser des fantômes" ; ou plus loin Louki : "Je n'étais
vraiment moi-même qu'à l'instant où je m'enfuyais". C'est aussi le récit d'êtres mélancoliques et sans repères, anonymes ; personnages que l'on croise dans un bistrot, au coin d'une rue, au
détour d'un cinéma. Evasif, élusif, simple esquisse aux nombreuses ellipses, ce nouveau roman de Patrick Modiano est un flou, brumeux et délicat, dans lequel s'ébattent hommes et femmes qui se
dissimulent et s'épient sans jamais vraiment se rencontrer. "Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes
de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repères, dresser une sorte de cadastre pour n'avoir plus l'impression de naviguer au hasard. Alors, on tisse des liens, on
essaye de rendre plus stables des rencontres hasardeuses".
Toujours cette obsession de l'auteur de Rue des boutiques obscures de la précision du lieu, de la justesse de la rue, de l'exactitude du numéro alors que le temps n'est que vaguement
ébauché. L'histoire se déroule dans un Paris mythique des années 1960, un Paris en noir et blanc, un Paris si bien fixé par Henri Cartier-Bresson. Chaque rue, chaque bar, chaque avenue, chaque
station de métro est un souvenir, une amorce, une mémoire. Les quatre personnages, habilement croqués par la plume toujours précise et éthérée de Modiano, sont d'une intense profondeur. Avec leur
envies et leur tabous, avec leurs sentiments et leurs non-dits. Un jeune homme, étudiant frustré à l'Ecole des Mines de Paris, timide et subjugué par la présence de Louki ; Pierre Caisley, un
mystérieux enquêteur, payé par l'ex-mari de Louki ; Raymond, le jeune amoureux rêveur, fasciné par la présence de la jeune fille ; et Louki donc, l'énigmatique, l'impénétrable fille fragile aux
milles secrets. Les personnages secondaires sont tout aussi insaisissables, tel l'ésotérique Guy de Vere ou l'hermétique docteur Véga.
Livre après livre, chef d'oeuvre après chef d'oeuvre, Patrick Modiano, au détour d'une phrase, déguisé en un obscur étudiant sans nom ou en une sibylline droguée, livre ses angoisses, ses envies,
ses phobies : "Le Condé était pour moi un refuge contre tout ce que je prévoyais de la grisaille de la vie. Il y aurait une part de moi-même - la meilleure - que je serais contraint, un jour,
de laisser là -bas". Raymond, théoricien des "territoires neutres" qui permettent de fuir sans s'engager ; ou Bowing qui, en inscrivant les heures d'arrivée et de départ de chaque personne
venant au Condé espère "nommer pour fixer", pour éviter "l'anonymat des grandes villes" sont des avatars à peine déguisés d'un Patrick Modiano, obsédé par les échappatoires, par la perte,
par l'oubli, par le silence.
Dans le café de la jeunesse perdue est un grand livre qui ramasse toutes les idées fixes d'un Modiano au sommet de son art. La fin tragique est l'Everest d'un roman à l'ambiance belle
mais dérangeante. Louki fuit la vie, fuit la normalité ; les hommes voudraient la faire revenir dans cette réalité. Chacun détient une clef du mystère, chacun possède sa vérité sur cette femme.
Mais qui est vraiment Louki ?
Par Nicolas
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Publié dans : itinéraire littéraire
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1)´L'amant de Louki s'appele Roland et non Raymond
2) son mari ne s'appele pas Chourreaux mais Choureau
3) Il n'y a pas de docteur Vega mais il s'appele docteur Vala.
Excusez le manque d'accents , mon ordinateur ne parle pas bien le francaisÂ