Avec un incomparable talent et beaucoup d'originalité, Devendra Banhart parcourt plusieurs années de musique américaine sur Smokey Rolls Down Thunder Canyon. Un bel album
néo-hippie, un album à écouter bien au chaud au coin du feu.
Lorsque paraît Cripple Crow en 2005, le monde de la musique assiste à une petite révolution. Devendra Banhart, sorte de gourou moderne avec pour seuls instruments de prêche sa
guitare et une voix aérienne, s'érigea en leader d'un retour aux années flower power. Jolie ballade dans les années peace and love, magnifique renouveau
psychédélique, beaux morceaux de folk suaves et moelleux.
Le barbu halluciné est de retour avec Smokey Rolls Down Thunder Canyon. L'effet de surprise ne jouant plus, le buzz étant énorme, l'attente et la pression auraient pu détruire la belle
originalité du phénomène. Pourtant, dès les premières notes de Cristobal, nous sommes rassurés quant aux capacités de l'américain. Un bel arpège éthéré à la guitare sèche, bientôt doublé
par quelques notes à la sonorité très mexicaine, puis la voix reconnaissable entre mille de Devendra : vibrante, léger vibrato, voix doublée et légèrement rocailleuse. Pas question de révolution,
une simple évolution en douceur, une confirmation d'un énorme talent. Devendra Banhart s'essaie à de nouveaux genres, multiplie les références à son enfance espagnole (il vécu toute son
adolescence à Caracas au Venezuela) ; la production est plus foisonnante, plus soignée ; l'instrumentation plus riche, mais toujours très soignée. Confirmation sur le deuxième morceau de l'album
: le très psychédélique So long Old bean sur lesquels quelques beaux violons viennent soutenir une voix au sommet de l'émotion. Tout cela est bien beau, mais l'on aurait pu rapidement
s'ennuyer tant ces deux morceaux d'introduction ressemblaient au précédent album. Mais dès Samba Vexillographica, le nouveau ton est donné. Devendra n'entend pas s'enfermer dans une
recette fructueuse mais trop étriquée pour un artiste à l'inspiration luxuriante ; il défriche de nouveaux territoires, s'essaie à de nouveaux styles ; élargit son vocabulaire musical ;
diversifie les rythmes, les sonorités, les orchestrations avec un incomparable génie. Samba endiablée donc, puis doo-wop pastiche d'un Elvis Presley ressuscité sur Shabop Shalom ; gospel
sur Saved ou rock très sixties en digne héritier des Stones sur Tonada Yanomanimista.
Mais comme sur le reggae The other Woman, quand Devendra explore un style, c'est toujours avec sa remarquable originalité, réinventant les canons du genre. Un titre symbolise ce nouvel
univers aux possibilités démultipliées : Seahorse, huit minutes de pur bonheur pendant lesquelles Devendra passe de la ballade savoureuse à une folk plus chaloupée, susurre tendrement
à l'oreille, ou assène un riff digne des meilleurs Led Zeppelin. Pour jalonner ce terrain de nouvelles tentatives musicales, Devendra posent quelques galets moins originaux mais tout autant
réussis : le magnifique Bad Girl sur lequel quelques percussions esquissées, une pincée de guitare délicate et une voix distordue parfois au bord de la rupture suffisent à créer cette
ambiance psychédélique si caractéristique ; le splendide Rosa au piano déchirant et aux voix poignantes (avec la participation de Rodrigo Amarante). La fin de l'album regorge de pépites
: Remember ou My dearest friend qui clos magnifiquement un opus très réussi.
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