Dimanche 4 novembre 2007

Le cinéma post-11 septembre délivre des blockbusters symptomatiques d'une époque : le terrorisme est une pieuvre lancinante, la peur un sentiment partagé, la violence une constante. Le Royaume s'attaque à ce matériau malléable à souhait pour en faire un suspens haletant qui tombe totalement à l'eau. La faute à un scénario désolant de banalité et à une réalisation énervante.
le-royaume.JPG Les films à gros budget comme Le Royaume fonctionnent à de rares instants. Première séquence à Ryad, où un terrible attentat en deux temps touche une base retranchée d'expatriés américains. Véritable carnage fictif et belle réussite esthétique. Filmée caméra à l'épaule, au cœur de l'action, dans une succession de plans très courts et très mobiles. Mais malheureusement, Peter Berg répète à l'infini ce procédé pour amplifier un scénario (qui se voulait) haletant. L'objectif est clair : le spectateur doit avoir le souffle coupé et en prendre plein la vue. Mais cette technique fatigue plus qu'elle ne convainc. Suite à cet attentat, Le Royaume est l'enquête de quatre agents spéciaux du FBI en Arabie Saoudite. Une enquête qui se voulait expéditive et purement formelle, et qui se terminera en l'assassinat d'un responsable d'Al-Qaïda au royaume du pétrole. Pur film d'action, Le Royaume en contient tous les poncifs : humour balourd, quelques scènes d'un sentimentalisme accablant, mort des méchants et succès des héros, naissance de sentiment d'amitié entre deux êtres que semblaient tout opposés, etc.
Le film d'action a évolué. Il est souvent l'occasion pour un réalisateur de montrer ses gros bras. Toujours plus d'effets techniques et de cascades, toujours plus d'hémoglobine et de violence, toujours moins de scénario. Mais deux évolutions récentes ont bouleversé cette course à la débauche d'énergie : les jeux vidéo et la série 24 heures Chrono. Les premiers ont révolutionné la technique, la seconde a aussi bouleversé la narration. Dans la foulée des jeux vidéos, la caméra dans Le Royaume est mobile et au cœur de l'action. Elle oscille rapidement entre les différents points de vue, comme si le spectateur était le héros de la réalité qui se crée. Les images sont mouvantes et éphémères, instables et remuantes. Le malaise est énorme.
Deuxième bouleversement : 24 heures chrono. La TV se pose aujourd'hui en laboratoire d'idées. D'un point de vue narratif, la série de Jack Bauer explose l'unité de lieu et raréfie de temps. Le Royaume est, dans la même veine, une course poursuite minutée dans laquelle le récit saute de NY à Riyad. Mais là ou 24 s'articule autour d'un scénario terriblement efficace et ficelé, Le Royaume s'écrase dans le pur conventionnel. Tout est écrit d'avance, les personnages sont d'une platitude accablante. Même la dernière scène, croisée d'une fusillade et d'une possible décapitation, perd tout son intérêt tellement la fin heureuse apparaît comme inéluctable dans un tel navet.
Aucun recul dans Le Royaume, aucune analyse géopolitique. Seule compte la vengeance. La morale niaise et sans nuance du film se cristallise dans les dernières minutes. Sans réflexion, sans intelligence, le réalisateur américain nous offre une vision naïve inspirée du Choc des civilisations d'Huntington : les bons et les méchants ne peuvent pas se comprendre, l'être humain court à son propre chaos ; les différences sont plus fortes que la raison. Rideau, nous mourrons tous. Allez donc voir Le Royaume si vous voulez vous divertir. Mais Pascal soulignait déjà que le divertissement est ce qui éloigne l'homme d'une réelle présence à soi. Un des mérites du cinéma est d'écarter l'homme de sa propre conscience pour mieux saisir le monde dans sa diversité et dans sa complexité. Le Royaume est l'antithèse de cette démarche. Triste.

Par Nicolas - Publié dans : itinéraire cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

de A à Z...

- A -

Strawberry Jam - Animal Collective
Un homme perdu - Danielle Arbid
A l'abri de rien - Olivier Adam
Le Portrait - Pierre Assouline
De l'autre côté - Fatih Akin

- B -

The Flying Club Cup - Beirut
Smokey Rolls Down Thunder Canyon - Devendra Banhart
Shotter's Nation - Babyshambles
Jean-François Bizot -
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? -
Pierre Bayard
François-Marie Banier -
Fur and gold -
Bat for lashes
Le Royaume - Peter Berg
Bob Dylan - François Bon
Chroniques littéraires - Maurice Blanchot

- C -

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Control - Anton Cobijn
North Star Deserter - Vic Chesnutt
La fille coupée en deux - Claude Chabrol
La Radiolina - Manu Chao
Secret Sunshine - Lee Chang-Dong
Le Deuxième Souffle - Alain Corneau
Gustave Courbet - Exposition Grand Palais 2007
Darling - Christine Carrière
My Friends All Died... - Cocoon
Les Promesses de l'Ombre - David Cronenberg
The Waiting Room - Chloé
L'homme sans âge - Coppola
Un bruit qui court - Pauline Croze

- D -

The Pirate's Gospel - Alela Diane
Tom est Mort - Marie Darrieussecq
Five leaves left - Nick Drake
La Passion selon Juette - Clara Dupont-Monod
L'invitation - Etienne Daho
La mécanique du coeur - Dionysos

- E -

Nancy Elizabeth -
Battle and Victory
L'Enfer - Expo BNF

- F -

Distance and Time - Fink
Echoes, Silence, Patience & Grace - Foo Fighters
Leaving the nest - Benjy Ferree
Revival - John Fogerty

- G -

La vengeance dans la peau -
Paul Greengrass
Nouvelles Mythologies - Jérôme Garcin

- H -

Tout est pardonné -
Mia Hansen-Love
White Chalk - PJ Harvey
I'm not There - Todd Haynes

- K -

99 F -
Jan Kounen
La Forêt de Mogari - Naomi Kawase
André Kertész - Expo Chambéry
My Blueberry Nights - Wong Kar-Wai

- L -

Alabama Song -
Gilles Leroy

- M -

Dans le café de la jeunesse perdue -
Patrick Modiano
Gee Whiz but this is a Lonesome Town - Moriarty
Charles et Léo - Jean-Louis Murat
Trees Outside the Academy - Thurston Moore
Les Disparus - Daniel Mendelsohn

- N -

Ni d'Eve ni d'Adam -
Amélie Nothomb
Avant que j'oublie - Jacques Nolot

- O -

Une autre histoire de la littérature -
Jean d'Ormesson
Odeur du temps - Jean d'Ormesson

- P -

Transparent knives -
Promise and the Monster

- R - 

In Rainbows -
Radiohead
Cendrillon - Eric Reinhardt
The State of Things - Reverend and the Makers
La part obscure de nous-mêmes - Roudinesco
Un homme - Philip Roth

- S -

Persepolis -
Marjane Satrapi
Thalasso - Amanda Sthers
American Gangster - Ridley Scott

- T -

Love it when I feel like this -
The Twang
L'heure zéro - Pascal Thomas

- V -

Adieu Pony -
Constance Verluca
Ambroise Vollard - Exposition 2007 Musée d'Orsay
Paranoid Park - Gus Van Sant
Une vie - Simone Veil

- Y -

Chrome Dreams II -
Neil Young
ti_bug_fck
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus