Depuis plus de vingt ans, Etienne Daho passe au-dessus des modes avec légèreté et talent. Son nouvel album, L'invitation, qui sort aujourd'hui, confirme une nouvelle fois
qu'Etienne Daho est un des plus grands chanteurs français. Un poète rare.
Etienne Daho est un artiste qui prend le temps. Le temps d'observer, d'écrire, de peaufiner ses sons, ses mélodies, ses paroles. Le temps n'a pas d'emprise sur lui : les modes passent, lui reste
; les tendances sont éphémères, lui pas. Quatre ans après le remarquable Réévolution, Etienne Daho nous invite dans un magnifique voyage musical, un escapade dans l'élégance et la
mélancolie, une sensationnelle promenade sensorielle. L'invitation justement, c'est le titre de ce neuvième album du chanteur le plus représentatif d'une chanson française qui n'a pas
besoin du qualificatif "nouvelle" pour exister et pour briller. Et pourtant, Etienne Daho fait toujours du neuf, de l'original. Mais pas besoin d'excentricités pour cela. Etienne Daho, c'est la
continuité dans le changement.
Alors, il fait confiance aux complices de toujours. Ceux qui comme Jérôme Soligny lui avait offert le magnifique Duel au Soleil, un des tubes de l'album fondateur de Daho, Pop
Satori sorti en 1986. Aujourd'hui, le fidèle partenaire prête sa plume poétique, ses mots simples et pudiques sur le poignant Sur la Terre comme au Ciel. L'univers est lunaire et
désolé, mais c'est une tristesse pleine d'espoir. Une sorte d'ataraxie. "Libre comme l'air / Je n'ai plus de lien, plus d'attache / Riche de ne rien posséder". Etienne Daho ne possède
rien, si ce n'est sa voix grave et inexpressive, ses époustouflantes poésies souvent psalmodiées, et sa capacité unique à mélanger gravité et détachement. C'est par exemple l'excellent La vie
continuera, sur lequel le chanteur se met à nu, observe la vie avec lucidité. "L'amour ne suffit pas / J'ai fait ce que j'ai pu avec ce que t'as pas". Autres acolytes présents sur
ce nouvel album, les Valentins qui officient sur l'intimiste L'adorer, belle carte postale envoûtante et vaporeuse.
Car le français s'entoure toujours d'immenses talents. Le nouveau sur L'invitation, c'est le légendaire David Sinclair Whitaker (sans parler de Brigitte Fontaine qui a écrit Toi jamais toujours). Le gars a un CV
à faire pâlir tous les apprentis rockers : Gainsbourg, les Stones ou Nico. Et c'est bien le fantôme de la berlinoise qui planent sur de nombreux titres (le dérangeant et très Velvet
Obsession avec ses roulements de caisse claire et ses guitares abrasives ; ou le splendide et aérien Les fleurs de l'interdit). Les arrangements sont léchés et fabuleux. Tantôt
sombres (le saisissant Un merveilleux été), tantôt plus joyeux, mais toujours parfaits pour qu'Etienne Daho y dépose une voix qui flirte avec les aigus, toujours au bord de la
rupture.
L'invitation est acceptée avec grand plaisir tant Daho sait saisir la mélancolie ("chienne de vie" sur Cet air étrange) avec subtilité et poésie. On ne soulignera
jamais assez la grâce des paroles du chanteur, sorte de Baudelaire moderne. Moins extrême. Mais tout autant capable d'extraire la beauté du spleen par la création de nouvelles
formes.
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