Vendredi 9 novembre 2007
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Christine
Carrière, sept ans après son dernier film, revient avec l'horrible histoire d'une femme détruite par les autres. Un immense malaise.
Darling est la Cosette du XXIe siècle. Elle est une fille non désirée évoluant dans un milieu paysan misérable, entre une mère taciturne et acariâtre et un père autoritaire et belliqueux. Alors
elle s'invente un monde virtuel, pour mieux fuir le réel. Pour le changer, le fragmenter. Son utopie à elle, c'est la route. La liberté. Elle court sur la nationale, grand espace symbole de cet
extérieur du possible. Après le suicide d'un frère détruit par l'échec, elle rencontre un jeune homme charmant et rebelle, qui se révèlera être une ordure pathologique. La suite est une lente
descente aux enfers, une destruction progressive et implacable. Aucun espoir. Le mur est en face, elle s'y dirige avec résignation et la collision fera des dégâts.
Darling crée un immense malaise. Malaise face à une histoire d'une infinie noirceur à laquelle on croit difficilement ; malaise face au risque du pathos facile ; malaise enfin lorsque
ces mots apparaissent avant le générique de fin : "inspiré d'une histoire vraie". Incrédulité. Pourtant, c'est la réalité à l'état brut que filme Christine Carrière. L'histoire d'une femme
malmenée par la vie. Pour elle, pas de doutes possibles : "L'enfer, c'est les autres". Mais un enfer qu'elle affronte avec énergie et volonté, animée d'une infinie envie de (sur)vivre. Elle
accepte car elle croit. Elle croit en son mari, en ses enfants, en la vie.
Christine Carrière revient, dans un long métrage sombre et désespéré, sur des thèmes déjà abordés dans ses précédentes réalisations (le court métrage Mariage blanc ou le long
Rosine) : l'adolescence, la violence domestique quotidienne, la misère, le mariage raté. Elle représente la vie plus qu'elle n'interroge le réel. Et là est le malaise. L'histoire est
sombre, mais elle est facile. La souffrance humaine extrême et sans limite est un thème trop convenu, trop brut. Malgré cela, Darling est un film redoutable qui ne sombre jamais vraiment
dans le misérabilisme. Grâce à une réalisation simple mais habile, multipliant les ellipses efficaces, l'humour d'un cynisme destructeur, et la voix-off style "Mes meilleurs souvenirs". Grâce
surtout à une exceptionnelle interprétation. Martina Foïs illumine, ou plutôt assombrit, Darling. Elle souffre, elle espère, elle se rebelle, elle désespère (terrible scène où, tenant un
couteau à la main, on l'imagine prête à se suicider), elle n'abandonne jamais. Pour l'avoir vu au théâtre dans Viol de Botho Strauss (2006, Théâtre des Amandiers), cette aisance à
incarner la souffrance extrême ne surprend pas. Guillaume Canet campe magnifiquement le salaud parfait, alcoolique et libertin, violent et dénué de remords.
Darling, adapté du roman éponyme de Jean Teulé plait donc. Il plait car il ne laisse pas indifférent. L'horreur fait réagir. Mais fait-elle réfléchir, livrée ainsi dans la pure crudité ?
Que nous apprend-elle vraiment sur le monde et l'homme ?
Par Nicolas
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Publié dans : itinéraire cinéma
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