Lundi 12 novembre 2007 1 12 11 2007 02:05
Deux ans après le magistral A history of violence, David Cronenberg continue sa réflexion sur le Mal en décrivant l'univers violent et noir de la mafia russe à Londres. Un grand thriller, sombre et angoissant.
Les premières minutes des Promesses de l'ombre installent immédiatement un climat oppressant. Un homme a la gorge sauvagement tranchée. Quelques minutes plus tard, une adolescente accouche d'une jeune fille avant de mourir. Les images de son enfant baignant dans le sang sont terrifiantes. Noirceur, silence et  hémoglobine vont régner en maître pendant les 1h40 de ce thriller redoutable.  La sage-femme  ayant mis au monde l'enfant vole le journal intime de la mère morte, et essaie de le déchiffrer. Cette quête pour donner une famille à l'orpheline la mènera dans l'univers violent et malsain de la mafia russe à Londres.
David Cronenberg confirme son immense talent pour fouiller la part obscure de l'homme. Le réalisateur canadien reprend son interrogation sur la Mal débutée avec A history of violence. Il peint avec précision l'univers macabre et masculin de la maffia russe londonienne ; mais aussi la culture souterraine de la Russie ancestrale. La famille, la fraternité, l'honneur, l'omerta, les règlements de compte et les codes sont saisis avec autant de talent que dans la trilogie du Parrain. Il y a d'ailleurs du Don Corleone dans le personnage de Semyon (l'excellent Armin Muehler-Stahl) : même charisme, même intransigeance, même sensibilité refoulée. Quant à David Cronenberg, il ne doit rien à Francis Ford Coppola. La réalisation est à la hauteur d'un polar parfaitement ficelé, dans lequel le spectateur est sans cesse maintenu à bout de souffle. Le grain est magnifique, la caméra privilégie les plans séquences objectifs aux affreux zappings que nous imposent les réalisateurs hollywoodiens. La beauté formelle de l'ensemble est exceptionnelle. Et surtout, le réalisateur canadien n'a pas son pareil pour magnifier les visages tantôt sombres, tantôt en pleine rupture. Enfin, Cronenberg continue sa méditation sur les corps et la violence. Des corps tatoués reflet de l'identité ; des corps machines ou organismes. Une violence rampante ou gore comme dans l'indescriptible et parfaitement réussie séquence de combat dans un hammam.
Les acteurs jouent chacun une partition flamboyante. Viggo Mortensen, dans le rôle de l'armoire à glace russe, froid et sans passion, est exceptionnel. Son physique parfait et son regard d'acier donnent un supplément d'âme incroyable à son personnage impassible. Naomi Watts est aussi saisissante dans le rôle d'une jeune sage-femme idéaliste. Tout en retenue et en fêlures, elle campe avec beaucoup de réalisme cette femme détruite par un drame personnel, en quête de reconstruction et prête à tout pour offrir une chance à l'enfant orphelin. Elle ne fait que confirmer son immense talent de personnage tragique moderne. Vincent Cassel, enfin, est impressionnant. Homosexuel refoulé, enfant chéri et pourri, Dionysos moderne se perdant dans l'alcool et la luxure, il est un monstre qui ne fait confiance qu'à la famille et aux amis.
Cronenberg dépeint avec génie un univers malsain dans lequel des brigands créent une loi en dehors de Loi ; dans lequel des voyous infiniment subversifs restent des hommes avec leurs propres valeurs indépassables de courage et d'honneur. Ces anti-héros sombres restent des animaux sociaux qui respectent les interdits de leur clan (voir la scène de Cassel avec la petite fille). C'est une proposition de Cronenberg : l'homme est parfois pervers (dans le sens où il renverse les codes de la cité), mais il n'en reste pas moins un être humain.
Les Promesses de l'ombre, malgré une fin maladroite, est un film très réussi. Un film au canevas classique mais totalement réinventé par un réalisateur à l'univers personnel. Un film à l'univers feutré dans lequel l'homme se construit une famille en fonction de ses propres désirs refoulés (voir la scène chevaleresque de l'intronisation du chauffeur). Terrifiant.
Par Nicolas - Publié dans : itinéraire cinéma
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