Dimanche 18 novembre 2007
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Après la mort de Norman
Mailer, les géants de la littérature américaine se font rares. L'un d'entre eux, Philip Roth, nous revient avec un magnifique roman - autobiographie déguisée - hanté par la mémoire, la vieillesse
et la mort. Sombre mais jouissif.
Premiers mots d'Un homme : "Autour de la tombe, dans le cimetière délabré". Un homme meurt. Evènement d'une banalité sans nom, sans surprise. "Mais enfin, le plus déchirant,
c'est ce qui est commun, le plus accablant, c'est le fait de constater une fois encore la réalité écrasante de la mort". Cette terrible certitude enveloppe le livre d'un manteau sombre et
mélancolique. Philip Roth esquisse le portrait de cet homme mort dans la quasi indifférence, entouré seulement de quelques anciens collègues publicitaires, d'une fille aimante (Nancy), d'un frère
vigoureux mais délaissé (Howie), d'une ex-femme paralysée (Phoebe), de deux fils égoïstement abandonnés. Un récit qui revient sur la vie d'un homme ordinaire, petit juif fils d'un bijoutier,
devenu publicitaire reconnu puis peintre retraité talentueux mais en éternel questionnement sur l'art. Un homme dont la vie amoureuse fut un échec impitoyable : trois mariages, trois divorces.
Une première femme par convenance ; une seconde par amour ; une dernière, mannequin de vingt-quatre ans, pour le sexe. Un homme détruit par les hospitalisations à répétition : de l'intervention
chirurgicale pour une banale hernie, à la dernière opération fatale, en passant par la difficile épreuve de l'arrêt cardiaque puis du corps décrépit "Sa santé le lâchait, son corps semblait
en péril permanent (...). La mort semblait devenir la grande affaire de sa vie, qui se résumait désormais à l'histoire de son déclin physique".
Le nouveau roman de Philip Roth est assiégé par la mort, la vieillesse, la maladie et ses corollaires : la souffrance physique, l'affaiblissement, la décadence du corps, l'aigreur. Outre le
principal protagoniste du roman dont les séjours en hôpital se multiplient avec l'âge, de nombreux personnages sont frappés par cette épée de Damoclès qui hante l'auteur de La Tache.
Celui-ci laisse ici ses récits percutants sur l'Amérique et la judéité pour livrer un récit semi autobiographique redoutablement émouvant. Car, il est impossible, derrière cet homme dont on ne
connaîtra jamais le nom, de ne pas voir Philip Roth, et ses questionnements angoissés. Fuite du temps ("Jadis, j'ai été un être humain dans sa plénitude"), décadence psychique et
physique ("Ce n'est pas une bataille, la vieillesse, c'est un massacre"), puis l'inévitable fin ("Parce que l'expérience la plus intense, la plus perturbante de la vie, c'est la
mort. Parce que la mort est tellement injuste. Parce qu'une fois qu'on a goûté à la vie, la mort ne paraît même pas naturelle").
Les quelques cent cinquante pages d'Un homme résonnent comme certaines des plus belles écrites sur cette finitude humaine, sur les affres du temps qui passe, sur l'inexplicable
abaissement des aptitudes. Mais ce récit n'est pas seulement cela. Car avec la maladie et la solitude viennent les interrogations sur la vie, sur sa vie. Les choix non assumés, la
culpabilité d'avoir été un mauvais père ou un destructeur de bonheur. C'est tout cela qu'englobe ce nouveau roman de Philip Roth, dans des magnifiques va-et-vient parfaitement maîtrisés, à
l'écriture précise et tranchante comme une lame de rasoir. Un récit poignant tant il résonne en chacun de nous.
Par Nicolas
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Publié dans : itinéraire littéraire
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