Dans le paysage rock français, Dionysos est définitivement à part. Un groupe capable de nous emmener dans une monde féerique oscillant entre Tim Burton (pour
l'univers décalé) et les Sex Pistols (pour le rock tellurique), en passant par Arthur Rimbaud (pour la poésie des textes) et Beirut (pour les multiples sonorités). La mécanique du
coeur, leur nouvel album, est une pépite intemporelle évadée du monde extraordinaire des songes.
Il y a deux ans, c'était Monster of
love. Soit un génial album de rock, avec en filigrane, l'histoire de Giant Jack et de la belle Miss Acacia. Jack, double fantasmagorique du chanteur Mathias Malzieu, et son amour andalouse
sont de retour dans un magnifique opéra-rock et un roman : La mécanique du coeur.
Quarante ans après le premier concept album signé des Beatles
(l’irremplaçable Sergent Peppers…), Dionysos nous fait un cadeau de Noël avant l’heure : dix-huit tubes en puissance qui s’entremêlent magnifiquement pour nous raconter la
formidable histoire de Jack, enfant, à Edinburgh à la fin du XIXe siècle. Souffreteux, le docteur Madeleine lui a mis une horloge à la place du cœur. Il s’éprend de Miss Acacia, également
l'élue du terrible Joe.
Casting de rêve pour un album de génie : Arthur H, Emily Loizeau, Grand Corps Malade, Alain Bashung, Olivia Ruiz et Eric Cantonna. Chaque artiste apporte son originalité (le slam Thème
de Joe ou le rock déglingué et discordant de La panique mécanique), son monde, sa patte unique pour façonner un album à la cohérence implacable. Le puzzle est d'une merveilleuse
fluidité ; et chaque pièce est un petit tableau autonome et fracassant. Une fois de plus, Dionysos jongle avec les sons est les styles : du folk-rock de crooner (l'excellent Candy Lady
et ses trompettes qui sentent bon la tequila et les sombreros) au rock urgent (Whatever the weather), en passant par le hip-hop sombre (La berceuse Hip Hop du docteur
Madeleine), le slam "Guerre des étoiles" (Le retour de Joe), la musique de western ou la pop-song au chant incantatoire (Tais-toi mon coeur). Difficile d'imaginer qu'un
seul groupe soit capable d'accoucher d'autant de diversité. Mais chez Dionysos, cela est devenu une habitude : grand écart musical rime avec réussite artistique.
La mécanique du coeur brille par ses mélodies accrocheuses et ses arrangements intrépides (les répétitifs et entêtants sons d'horloges et de coucou). Dionysos, qui enregistra ses
précédents albums avec des magiciens du rock (John Parish ou Steve Albini), a utilisé sa propre expérience pour mettre en musique son inspiration surnaturelle, seulement aidé d'Olivier Daviaud,
talentueux producteur de La femme chocolat d'Olivia Ruiz. La belle andalouse, Miss Acacia, dont les yeux inspirent tant Jack, est aussi la compagne de Mathias Malzieu à la ville. C'est
elle qui est au centre d'un album-boîte à magie, dont chaque écoute révèle une histoire fantastique, métaphysique, magique.
Mentions spéciales à la magnifique reprise de When the Saints go marchin'in, ses violons yiddish et la voix rocailleuse d'Arthur H (Clochard Arthur) ; et à La Flamme à
lunettes, où les éternels enfants rêveurs que sont Olivia Ruiz et Mathias Malzieu nous emmènent sur leur nuage, très haut là-haut, seulement accompagnés d'un ukulélé magique.
Incontestablement, cet homme est un conteur hors pair, un génie au sens strict, capable de nous faire partager ses rêves. Tellement rare et tellement bon.
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