Après Neil Young, c’est autour du génial John Fogerty de faire son grand retour, avec le justement intitulé Revival. Renaissance,
mais non résurrection, tant ce nouvel album est hybride, alternant réussite et ennui. Indispensable pour les fans. Pour les autres, mieux vaut découvrir le mythe avec un classique des années
1970.
Creedence Clearwater Revival (CCR), ce sont quatre années en dehors du temps (entre 1969 et 1972). Quatre années pendant lesquelles la musique de ce groupe originaire de San Francisco va faire
danser la planète. CCR est la quintessence de la musique populaire américaine, capable de resservir tous les ingrédients parfaitement digérés en un plat à la saveur unique. Du honky tonk, du
blues, du rockabilly, de la country, du bluegrass ; CCR, c'est tout ça à la fois, dans un cocktail explosif au son unique. Un melting pot de musique populaire américaine aux mélodies terriblement
accrocheuses, et au son de guitare unique - une utilisation intelligente du tremolo avec une sonorité aquatique.
John Fogerty fut la tête pensante, l'âme créatrice de cette exceptionnelle réussite musicale. Après la dissolution du groupe, il tenta sans succès de prendre seul son envol. Retour gagnant en
1985 (Centerfield) puis au milieu des années 1990. Aujourd'hui, le génie créateur nous délivre douze titres puissants sur son Revival de bonne facture mais décevant quand on
repense au passé définitivement révolu. Pourtant, tout y est, comme à cette fameuse époque bénie : énergie, intelligence sonore (le morceau d'ouverture, Don't you wish it was true),
authenticité (Creedence song, hommage clairement avoué), puissance brute des riffs (I can't take it no more), élégance et simplicité des mélodies (Somebody Help me),
atmosphères envoûtantes et poésie. Tout y est, mais rien n'y est vraiment. Manque ce petit supplément d'âme qui faisait de CCR un groupe unique, magique, extraordinaire. Alors certes, certains
solos de guitares abrasifs (voir le tubesque Summer of love et son introduction d'anthologie) ou la voix rocailleuse posée sur un bayou rock si caractéristique (Broken Down
Cowboy) peuvent créer l'illusion. L'illusion d'un homme revenu au sommet de son art.
Mais non, ce Revival reste en demi-teinte. Peut-être, le plus dur pour un artiste de rock est-il de savoir s'arrêter quand la Gibson démange encore. D'autant plus que certaines chansons
frôlent le pathétique (la ballade River is Waiting). Attention au disque de trop !
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