Si vous passez par Chambéry avant le 22 décembre, ne
manquez surtout pas une petite exposition à l’Espace Malraux consacrée au photographe André Kertész. Cette rétrospective intitulée L’intime plaisir de lire rend hommage à un photographe
trop méconnu du grand public.
André Kertész incarne parfaitement l’évolution de la photographie et de la société dans les premières années du XXe siècle. Combattant dans l’armée austro-hongroise pendant la Grande Guerre, il
fuit l’est au début des années 1920 pour s’installer à Paris. Il participe aux bouleversements artistiques des années folles par sa proximité avec les surréalistes et les initiateurs du mouvement
Dada. Il fréquente Man Ray ou Marc Chagall et initie Brassai à la photographie. Ainsi, ses nus photographiés dans des miroirs déformants feront sa notoriété. Mais il est surtout le père de la
photographie moderne, cherchant à révéler le Beau qui se cache derrière chaque réalité. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il quitte la France pour New York, où il finira ses jours.
Incompris.
Les photos présentées dans la petite salle de l’Espace Malraux de Chambéry sont l’incarnation parfaite de l’humanisme français (courant artistique dont les représentants les plus connus sont
Henri Cartier-Bresson ou Doisneau). Un thème commun : la lecture. Le sujet y est saisit avec douceur et empathie. Le photographe, par une savante composition et un jeu d’éclairage totalement
maîtrisé, fixe la solitude choisie de la lecture avec talent. André Kersétz, c’est un regard attentif, rapide à saisir le moment qui parle le plus, et qui émeut le plus profondément à partir de
la banalité du quotidien. Cette exposition présente également quelques magnifiques natures mortes autour du livre, dans lequels l'art de la composition et de l'éclairage est à son apogée.
Des prises de vue en hauteur, des photos dans d’anciennes bibliothèques : le photographe naturalisé américain saisit parfaitement l’individualité se perdant dans la lecture, à la fois
présent au livre et absent à la réalité extérieure. Ce sont une trentaine de magnifiques petits formats en noir et blanc couvrant l’ensemble de la carrière d’André Kertész (jusqu’à sa mort en
1985) qui sont montrés à Chambéry et dans lesquels jaillissent les atouts d’un photographe attachant : poésie, qualités formelles, palette de gris très avancés.
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