La BNF (site François
Mitterrand) invite le spectateur à une promenade dans l'interdit. Ou comment le livre symbolisa le difficile rapport de la société avec le sexe. Jusqu'au 2 mars 2008.
Etymologiquement, l'enfer est un lieu destiné au supplice des damnés, ceux-ci étant en l’espèce de simples écrivains séditieux. En effet, dans la Bibliothèque, l'Enfer est une sorte de bouillon
sismique dans lequel seraient gardés les trésors les plus obscurs de la création littéraire. Un bagne pour des auteurs respectables. Le Styx des écrivains, frontière fantasmagorique entre la
"bonne" littérature et les écrits subversifs qui font désordre avec les bonnes mœurs. A une époque où le sexe est partie intégrante non seulement de notre imaginaire, mais aussi de notre réalité,
il était temps de revenir sur cette construction fabuleuse (au sens de récit fictif). Cette belle exposition déroule deux axes : la premier s'intéresse à l'histoire de l'Enfer compris comme cote
spécifique dans laquelle étaient classés les écrits contraires à la morale ; le second présente, à travers trois époques, le contenu de l'Enfer, soit des livres et lithographies emblématiques
d'un genre à la marge de la littérature.
L'Enfer débuta par la classification des "romans licencieux", litote pour désigner quelques livres fustigés par la bourgeoisie bien pensante. C'était en 1739. En 1836, la Bibliothèque décida de
donner une cote spéciale à ces ouvrages impudiques. Cette exposition nous raconte cette histoire, et nous montre aussi quelques ouvrages rares protégés par l'Enfer, en trois étapes. Aux
XVI-XVIIIe siècles, les auteurs des romans grivois s'effacent derrière leurs personnages, comme dans Thérèse philosophe, roman initiatique, ou La Religieuse de Diderot.
L'exposition accorde également une large part au Marquis de Sade. Au XIXe siècle, c'est l'édition clandestine que privilégie l'exposition. La dernière partie, celle qui correspond au XXe siècle,
s'intéresse aux grandes figures qui ont marqué la littérature : Apollinaire, Louys, Bataille, etc. Le passage de la littérature clandestine à celle publiée au grand jour est aussi montré.
La scénographie est magnifique, sorte de sex-shop classieux dans lequel les deux parcours sont habilement entrelacés. Quelques photos, des films, des livres : les supports mixtes sont habilement
mis en valeur. Le rapport de la société aux livres inconvenants symbolise parfaitement la libération sexuelle des dernières années. Intéressant.
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