sur les pas de...

Dimanche 29 octobre 2006
Voici les treize instructions de Marguerite Duras que tout apprenti écrivain se doit de connaitre (et d'appliquer) telles qu'elles nous ont été transmises par Enrique Vila-Mitas dans Paris ne finit jamais :
- problèmes de structure ;
- unité et harmonie ;
- thème et histoire ;
- le facteur temps ;
- effets textuels ;
- vraisemblance ;
- technique narrative ;
- personnages ;
- dialogue ;
- cadres ;
- style ;
- expérience ;
- registre linguistique.
Par Nicolas
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Dimanche 29 octobre 2006
En lisant Les Aventuriers de l'absolu de Todorov (commentaires a venir), j'ai découvert Jean Richepin. Voici une sélection de trois de ces poèmes. Bonne lecture.

LA DECLARATION

L'amour que je sens, l'amour qui me cuit,
Ce n'est pas l'amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C'est l'amour de chair, c'est un plat tonique.

Ce n'est pas l'amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C'est l'amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l'enclume des tempes.

C'est l'amour brûlant comme un feu grégeois.
C'est l'amour féroce et l'amour solide.
Surtout ce n'est pas l'amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d'invalide.

Ce n'est pas non plus l'amour de roman,
Faux, prétentieux, avec une glose
De si, de pourquoi, de mais, de comment.
C'est l'amour tout simple et pas autre chose.

C'est l'amour vivant. C'est l'amour humain.
Je serai sincère et tu seras folle,
Mon coeur sur ton coeur, ma main dans ta main.
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C'est l'amour puissant. C'est l'amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune !

in Les caresses

EPITAPHE POUR N'IMPORTE QUI

On ne sait pourquoi cet homme prit naissance.
Et pourquoi mourut-il ? On ne l'a pas connu.
Il vint nu dans ce monde, et, pour comble de chance,
Partit comme il était venu.

La gaîté, le chagrin, l'espérance, la crainte,
Ensemble ou tour à tour ont fait battre son coeur.
Ses lèvres n'ignoraient le rire ni la plainte.
Son oeil fut sincère et moqueur.

Il mangeait, il buvait, il dormait ; puis, morose,
Recommençait encor dormir, boire et manger ;
Et chaque jour c'était toujours la même chose,
La même chose pour changer.

Il fit le bien, et vit que c'était des chimères.
Il fit le mal ; le mal le laissa sans remords.
Il avait des amis ; amitiés éphémères !
Des ennemis ; mais ils sont morts.

Il aima. Son amour d'une autre fut suivie,
Et de plusieurs. Sur tout le dégoût vint s'asseoir.
Et cet homme a passé comme passe la vie
Entrez, sortez, et puis bonsoir !

in La chanson des gueux

LA FLUTE

Je n'étais qu'une plante inutile, un roseau.
Aussi je végétais, si frêle, qu'un oiseau
En se posant sur moi pouvait briser ma vie.
Maintenant je suis flûte et l'on me porte envie.
Car un vieux vagabond, voyant que je pleurais,
Un matin en passant m'arracha du marais,
De mon cœur, qu'il vida, fit un tuyau sonore,
Le mit sécher un an, puis, le perçant encore, I
l y fixa la gamme avec huit trous égaux ;
Et depuis, quand sa lèvre aux souffles musicaux
Éveille les chansons au creux de mon silence,
Je tressaille, je vibre, et la note s'élance ;
Le chapelet des sons va s'égrenant dans l'air ;
On dirait le babil d'une source au flot clair ;
Et dans ce flot chantant qu'un vague écho répète
Je sais noyer le cœur de l'homme et de la bête.

in La chanson des gueux
Par Nicolas
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Mardi 20 mars 2007

Parisien d'adoption depuis deux ans, je prends régulièrement le métro, les yeux baissés, le visage figé, perdu dans mes pensées... Un ami me donne rendez-vous à Louise Michel? Je me précipite sur mon plan de métro, cherche le meilleur itinéraire possible, arrive à la station puis rentre par le même chemin. Un collègue me propose d'aller au cinéma à Concorde? Même scénario. Et puis, j'ai levé les yeux et j'ai eu envie de comprendre qui était ces mystérieux Ledru-Rollin, Félix Faure et autres Raspail... Alors je vais vous proposer, régulièrement, de prendre au hasard un nom de rue ou de station de métro, puis je vais essayer de vous donner quelques repères biographiques sur cette personne ou cet évènement. Manière jouissive et ludique d'apprendre et de comprendre notre histoire.

Pour commencer, je vous présente Alexandre-Auguste Ledru, dit Ledru-Rollin. Né à Paris le 2 février 1807, Ledru-Rollin est issu d'une famille aisée de la bourgeoisie (son père est médecin, son grand-père fut un prestigitateur réputé). Il effectue ses études au collège Charlemagne, fait son droit et s'inscrit au barreau de Paris. Il se distingue rapidement par ses talents d'orateur, sa verve et sa véhémence. Il s'investit dans la défense de la presse et défend un ancien dirigeant d'un soulèvement à Lyon en avril 1834 (Marc Caussidière). Du prétoire à la politique il n'y a qu'un pas que Ledru-Rollin franchit en mars 1839 en se présentant aux élections législatives. Elu en juillet 1841 au Mans , il succède à Garnier-Pagès à l'extrême gauche de la Chambre. Depuis longtemps adversaire du régime issu des Trois Glorieuses, il fonde le journal La Réforme en 1843, dénonce le pouvoir de Louis-Philippe, milite pour le suffrage universel et l'organisation du travail, la république démocratique et sociale. En 1846, après avoir acheté une charge à la Cour de Cassation, il décide de se consacrer totalement à la politique. Sa brillante rhétorique s'épanouit dans un ouvrage publié en 1847, Du Paupérisme dans les campagnes, qui décrit les difficultés des populations rurales.

Ledru-Rollin est un des principaux investigateurs de la Campagne des banquets qui brave l'interdiction du droit de réunion à partir de juillet 1847. C'est l'interdiction d'un de ces banquets organisé à Paris dans le XIIè arrondissement qui met le feu aux poudres en février 1848 : le Palais des Tuileries est pris d'assaut, Louis-Philippe doit abdiquer. Ledru-Rollin est nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, fonction dans laquelle il fait preuve de jacobinisme : réorganisation de l'administration, renforcement de la République. Il est exclut de pouvoir par le général Louis Eugène Cavaignac. En décembre 1848 , il est le candidat des républicains démocrates à la présidence de la République face à Louis-Napoléon Bonaparte, Eugène Cavaignac, Alphonse de Lamartine et François Vincent Raspail. Ledru-Rollin n'obtient que 370 000 voix et est battu par Napoléon III (plus de 5 millions de scrutins). Il devient alors le chef de l'opposition radicale. Le 12 juin 1849, il dépose une motion d'accusation contre Napoléon III qui vient de donner l'ordre d'écraser l'insurrection romaine , puis participe le lendemain à une manifestation des députés de gauche. Celle-ci est réprimée dans le sang et Ledru-Rollin est obligé de s'expatrier pour éviter l'emprisonnement. Il se réfugie à Londres, y apprend le coup d'Etat de Napoléon III en décembre 1851 et le rétablissement de l'Empire et est condamné par contumace à la déportation suite à un attentat contre l'Empereur. Il intervient alors par intermittence dans le débat politique français, revient à Paris en 1869, assiste à la défaite de Sedan puis à la proclamation de la République le 4 septembre 1870. Ledru-Rollin est élu à l'Assemblée nationale en février 1871, démissionne, est réélu en mars 1874 mais meurt le 31 décembre de la même année.

Par Nicolas
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Samedi 7 avril 2007
Après Ledru-Rollin (ici), intéressons nous à François-Vincent Raspail, chimiste, médecin et homme politique né à Carpentras le 29 janvier 1794, pendant l'une des périodes les plus sombres de l'Histoire française : la Terreur. Né dans une famille très pratiquante, il entre au séminaire d'Avignon, en est exclut et devient régent du collège de la ville. Admirateur passionné de Napoléon (il compose une ode à l'Aigle pendant les Cent Jours), il monte à Paris en 1816 suite à sa révocation. Il fait son droit, est à nouveau exclut du collège Stanislas (ses pamphlets républicains font scandale), puis s'inscrit en médecine. Républicain convaincu, il est gravement blessé pendant les Trois Glorieuses et plusieurs fois emprisonné pendant la Monarchie de juillet. Il crée le journal Le Réformateur, et préside la Société des Amis du Peuple. En 1832, il devient médecin et célèbre à la suite de différents travaux, mais ne délaisse pas son activité revendicatrice en faveur des prisons et des questions sociales. Sa déposition en faveur de Marie Capelle dans le procès de l'affaire Lafarge fait grand bruit. Médecin des pauvres, il est à nouveau condamné en 1846 par la Faculté.
1848 est une occasion unique pour ce militant républicain de la première heure, enthousiasmé par la pensée de Karl Marx (voir son analyse de la pensée du philosophe dans La lutte des classes en France). Il crée un nouveau journal, L'ami du Peuple, en 1848 ; soutient les Polonais dans une insurrection qui regroupe la gauche républicaine et est emprisonné à Vincennes. Il se fait tout de même élire député de Paris et Lyon lors des élections de septembre 1848. Il est le candidat socialiste à la présidence de décembre 1848, mais échoue (comme Ledru-Rollin) face à Napoléon III.
Condamné à six années de prisions en 1849, sa peine est commué en bannissement en 1853. Il s'exile en Belgique, puis rentre en France en 1859 (amnistie de 1859) et s'installe à Lyon où il reprend l'exercice de la médecine. Populaire, il est élu au législative en 1869, mais son mandant est écourté par la chute du Second Empire. Le 4 septembre 1870, c'est le retour de la République puis le Commune. François Raspail soutient implicitement les communards, ce qui lui vaut une nouvelle condamnation ; puis s'oppose au président Mac Mahon. Ces critiques lui valent d'être élu puis réélu député à Marseille. Il meurt le 7 janvier 1878 à Arcueil.
Par Nicolas
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Jeudi 3 mai 2007

Guy Môquet est né à Paris en 1924, d’un père cheminot député communiste du XVII arrondissement de Paris. Il est lycéen à Carnot (également dans le XVIIème) quand son père est arrêté et déporté en Algérie. Guy Môquet s’engage alors comme militant au sein des jeunesses communistes. Fervent défenseur d’une liberté perdue suite à la trahison du régime de Vichy, virulent pourvoyeur du régime nazi, il est trahi et arrêté le 13 octobre 1940 et passé à tabac. Il va connaître Fresnes, puis Clairvaux puis le camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique) où la police française le laisse pourrir avec d’autres militants communistes. Suite à l’assassinat du Feldkommandant Hotz le 20 octobre 1941 par trois jeunes communistes, il est fusillé le 22 octobre 1941, avec 26 de ces amis sympathisants, sélectionnés par le régime de Vichy pour épargner 50 « bons citoyens français ». Il n’avait que 17 ans.

 

 

 

Voici sa dernière lettre datée du jour de son exécution.

 

 

 

"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré
mon petit papa aimé"

 

     "Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

 

     Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

 

     17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

 

     Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !

 

 

 

 

 

 

Par Nicolas
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Jeudi 24 mai 2007

Née le 29 mai 1830 en Haute-Marne au château de Vroncourt, Louise Michel est la fille d’un châtelain - plus vraisemblablement de son fils - et de sa servante Marianne Michel. Élevée dans cadre voltairien par une mère très attentionnée et des grands-parents ouverts et tolérants, elle reçoit une solide éducation libérale. Après ses études à Chaumont, elle obtient le brevet de capacité pour devenir institutrice mais refuse de prêter serment à l’Empire en créant une école libre distillant des valeurs républicaines.

 

Elle s’installe à Paris, y rencontre Jules Vallès et surtout Théophile Ferré pour qui elle éprouve un amour éperdu. Elle y écrit de nombreux poèmes et intensifie son activité politique de contestation : en 1869, elle devient secrétaire de la Société démocratique de moralisation qui aide les ouvrières et adhère aux thèses d’Auguste Blanqui, auteur du fameux « Ni dieu ni maître ! » ; collabore à des journaux d’opposition et fréquente les réunions publiques. En 1870, elle est élue présidente du Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIème arrondissement de Paris et continue son activité d’enseignement dans un externat qu’elle fonda en 1865. Paris est affamé : elle crée une cantine pour ses élèves.

 

La Commune à Paris est un tournant : elle fait le coup de feu Place de l’Hôtel-de-Ville, elle est garde au 61è bataillon, ambulancière, anime le Club de la Révolution. Sur la barricade de Clignancourt en 1871, elle se rend à la police pour épargner sa mère, voit ses amis (dont Ferré) être exécutés (voir le poème ci-dessous). Suivent vingt mois en détention puis la déportation en Nouvelle-Calédonie après quatre mois de traversé.

 

Devenue anarchiste au contact de Nathalie Lemel, elle participe à la défense des kanaks, en particulier par l’instruction. Après sept années de détention, elle s’installe à Nouméa, autorisée à reprendre son métier d’enseignante auprès de jeunes filles.

 

Elle rentre à Paris en 1880, pour y continuer le combat anarchiste militant : meetings, lutte contre la peine de mort, manifestations (en particulier le 9 mars 1883 avec Émile Pouget au nom des « sans-travail » lors d’un retentissant pillage de boulangeries) qui lui vaudront de nombreuses arrestations (elle est incarcérée en juin 1883 pour six ans et libérée au bout de trois à la demande de Clemenceau). Elle s’expatrie à Londres de 1890 à 1895, y dirige une école libertaire, et rentre souvent à Paris afin d’animer des tournées de conférences. Elle meurt le 9 janvier 1905 lors d’un déplacement à Marseille. Ses funérailles sont le théâtre d’une immense manifestation populaire à Paris, et tous les ans, jusqu’en 1916, un cortège se rend sur sa tombe.

 

 

 

 

 

Les Œillets rouges, de Louise Michel pour Théophile Ferré.

 

 

 
Si j’allais au noir cimetière,
Frère, jetez sur votre sœur,
Comme une espérance dernière,
De rouges œillets tout en fleurs.

Dans les derniers temps de l’Empire,
Lorsque le peuple s’éveillait,
Rouge œillet, ce fut ton sourire
Qui nous dit que tout renaissait.

Aujourd’hui, va fleurir dans l’ombre
Des noires et tristes prisons.
Va fleurir près du captif sombre,
Et dis-lui bien que nous l’aimons.

Dis-lui que par le temps rapide
Tout appartient à l'avenir
Que le vainqueur au front livide
Plus que le vaincu peut mourir.

 

Par Nicolas
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Mercredi 25 juillet 2007
anonymes_008  

L'excellent Pierre Assouline revient ce matin dans son blog sur un livre au parfum de scandale que Karl Lagerfeld aurait souhaité voir ailleurs que dans les librairies. Comme toujours, l'article est documenté, passionnant, drôle et polémique. Mais c'est surtout la photo de l'excentrique couturier qui m'attire ce matin. Légende de Pierre Assouline : "Karl Lagerfeld chez lui rue de l'Université photographié par François-Marie Banier). Qui ce cache derrière ce nom ? Je clique sur le lien et découvre un artiste au talent multiforme.
Né à Paris en 1947, François-Marie Banier photographie, peint, écrit aussi bien des romans que des pièces. Il est le photographe des stars et des simples gens, photographe des paillettes et de la beauté d'un côté, des anonymes et de la laideur de l'autre. Le dos de Sophie Marceau, l'attention de Claude Lévi-Strauss, la prévenance de Pascal Grégory envers un Louis Aragon vieux et fatigué... FMB sait mettre en valeur les gens connus, mais il capture également la simplicité voire la laideur avec empathie. Une vieille dame courbée Rue des écoles, un nain triste rue Servandoni : le contraste est saisissant avec les séries de vedettes. Jamais voyeur, FMB préfère l'originalité, l'extraordinaire à la banalité. La laideur, comme la beauté, mérite-t-elle un traitement artistique? FMB veut-il souligner la subjectivité de la beauté ? Espère-t-il contester les canons "classiques" de la beauté et dénoncer la vision d'une société parfaite ? Son oeuvre interroge, incontestablement, par ses motifs, mais aussi par ses supports, en particulier ses photographies écrites et ses photographies peintes, qui consistent en la superposition de photos et/ou de textes et de couleurs vives. Car FMB est aussi un peintre de talent pour qui la photo est un support de plus ("encouragé par la vie que mon écriture donne soudain au tirage").
FMB écrivain fut prolixe jeune (trois romans écrits avant 25 ans au début des années 1970) avant de se faire rare : un livre par décennie depuis. Dans Balthazar, fils de famille, il revient sur une enfance terrible qui l'a obligé à vaincre ses démons par une discipline stricte, une solitude de promeneur dans les rues de Paris ("la rue est mon atelier"). Dans un long texte également disponible sur son site (ici), FMB revient sur son rapport à la photographie, sur sa conception de cet art, et sur la nécessité pour lui de le pratiquer : la "fausseté" vécue jeune l'obligea à faire de l'appareil une "fenêtre". Un texte passionnant qui suggère une fêlure et un rapport mûrement pensé à l'instant fixé dans la photographie. 
Enfin, si l'artiste vous attire, si ces photos vous touchent, ou si tout simplement, vous voulez réfléchir sur la photographie, je vous invite à lire les textes sur FMB écrits par Martin d'Orgeval, Patrice Chéreau ou Michel Tournier.
Par Nicolas
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Dimanche 29 juillet 2007
camille-claudel.jpg Car à quoi servent les pieds sinon à se joindre à la course qui les entraîne? et le coeur
Sinon à compter le temps et attendre la seconde imminente?
Et la voix, sinon à joindre la voix qui a commencé avant elle?
Et la vie, sinon à être donnée? et la femme, sinon à être une femme entre les bras d'un homme?

La famille Claudel est une famille ordinaire de la bourgeoisie provinciale, quand elle vu naître, à l'automne d'un Second Empire déjà bien malade, deux génies, deux êtres inspirés et tourmentés. Camille Claudel voit le jour en 1864, décide rapidement de devenir sculpteur et s'installe dans l'atelier de Rodin. Elève puis amante d'un artiste en pleine maturation, les amoureux s'inspirent mutuellement (Camile participe de longs mois à la réalisation des Bourgeois de Calais), s'aiment tendrement avant de se déchirer terriblement. Abandonnée par son amour, délaissée par sa famille, esseulée, l'artiste s'enferme dans une névrose obsessionnelle grandissante. Elle est internée en 1913, moins d'une semaine après la mort de son père, soutien de toujours, et restera jusqu'à sa mort, soit plus de trente ans, séquestrée en hôpital psychiatrique. Triste trajectoire que celle d'une fille de talent, sensible, qui pratiqua longtemps dans l'ombre et dans l'amour d'un maître dont elle ne sut pas s'émanciper.
Paul Claudel naît en 1868 quelques jours après Edmond Rostand et Gaston Leroux. L'année 1886 est l'année des révélations pour Paul : il découvre Arthur Rimbaud en juin (lecture d'Illuminations  puis d'Une Saison en enfer) et conversion au catholicisme en décembre à Notre-Dame en assistant au vêpres. Il raconte : ""En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi ni, à vrai dire, la toucher". Il est reçu premier au concours d'admission aux carrières diplomatiques et consulaires en 1890, et entame alors une carrière politique qui lui fera parcourir le monde jusqu'en 1936. Mais c'est pour sa carrière d'artiste que Paul Claudel est connu. Poète majeur, il est aussi l'auteur de nombreuses pièces (L'Annonce faîte à Marie ou Partage de midi) et d'une oeuvre en prose complexe (voir  L'Art poétique). Homme de foi, impétueux et souvent peu tolérant, en quête perpétuelle, son oeuvre est marquée par sa conversion illuminée. Sur sa tombe, à Brangues, sont gravés ces mots : "Ici reposent la cendre et la semence de Paul Claudel".
Dominique Bona vient de publier une belle biographie (Camille et Paul) croisée des deux artistes.


(Sakountala par Camille Claudel)
Par Nicolas
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Lundi 30 juillet 2007
serrault.jpg Triste jour que ce lundi 30 juillet pour les amoureux de cinéma avec la disparition coup sur coup de Michel Serrault puis d'Ingmar Bergman. L'un était un fervent catholique, l'autre n'a eu de cesse de questionner l'absence de Dieu. Aujourd'hui, la mort les réunit.
 
 
Après Noiret et Brialy récemment, c'est au tour d'un autre monstre sacré du cinéma français de nous quitter. Comme ses deux comparses, Michel Serrault, c'était d'abord une voix reconnaissable entre mille, c'était une énergie au service de son art, c'était un caméléon capable de tout incarner, avec sincérité, aussi bien à l'écran que sur les planches. Né en le 24 janvier 1928 à Brunoy dans l'Essonne, Serrault se découvre rapidement deux passions : Dieu et la comédie. C'est la seconde qu'il choisit, sans jamais oublier le premier. Elève dans une école de mime de la rue Blanche à Paris, il échoue à l'entrée du conservatoire. C'est dans Les fourberies de Scapin qu'il commence, mais sa carrière théâtrale s'envole après sa rencontre avec Jean Poiret (1952). Sa carrière cinématographique reste assez confidentielle, mais il sait être un comédien généreux et impliqué sur scène. 1er février 1973 au Théâtre du Palais Royal à Paris, première de La cage aux folles avec son ami Jean Poiret. C'est un succès foudroyant, non démenti pendant plus de 5 ans, qui lui offre de nouvelles opportunités sur grand écran et dont l'adaptation au cinéma lui permet d'obtenir un César (deux autres suivront). Moins trublion qu'à ses débuts mais toujours décalé, inventif, sensible et entier, Michel Serrault alterne les comédies et les rôles plus profonds : tueur à gages (Assassins), paysan (Une hirondelle a fait le printemps), demi-fou chez Chabrol (Les fantômes du chapelier), rentier chez Sautet (Nelly est Monsieur Arnaud) ou notaire chez Miller (Garde à vue) il a joué avec les plus grands devant les caméras d'illustres réalisateurs.. Au final, Michel Serrault a fait éclater son rire si communicatif sur les tournages de près de 150 films, faisant de sa présence et de son talent un évènement en soi. 
 
Ingmar Bergman au travail

Autre disparition aujourd'hui, celle d'Ingmar Bergman à l'âge de 89 ans. Né 10 ans avant Michel Serrault et le jour de notre fête nationale, il fut un des plus grand réalisateur du XXe siècle. Enfant malade, élevé dans l'austérité et l'autorité d'un père pasteur, le pêché et la culpabilité obsèderont sans cesse Bergman. Il étudie l'histoire et la littérature, met en scène Ibsen, Strindberg ou Shakespeare et tourne des premiers films remarqués (La Soif en 1949). Mais c'est au cours des années 1950 qu'il devient un créateur de premier ordre : Sourires d'une nuit d'été en 1955 puis Le septième sceau deux ans plus tard. Les intrigues amoureuses puis le conte moyenâgeux sont primés à Cannes. Bergman enchaîne les films à succès : Les fraises sauvages (1957), Cris et chuchotements (1971) ou Scènes de la vie conjugale (1973) dans lesquels il développe ses thèmes de prédilection, l'angoisse de l'homme face à la mort, l'amour, la solitude et la cruauté d'un monde sans Dieu. Seul réalisateur à obtenir une Palme des Palmes à Cannes, il incarne un cinéma raffiné et sa mort marque la fin d'une époque. Celle d'un cinéma de questionnement face aux grands défis moraux de notre moderninté.

(Michel Serrault, photo AFP 
 
Ingmar Bergman au travail, coll. Christophe L.)
Par Nicolas
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Mardi 31 juillet 2007
Photo non datée de Michelangelo Antonioni. | AFP

Mais qu'ont-ils tous, les grands noms du cinéma, à nous quitter en cette fin de mois de juillet ? Après Michel Serrault dimanche, Ingmar Bergman hier (voir ce billet), c'est Michelangelo Antonioni qui s'en est allé hier, paisiblement, dans son fauteuil. Né dans cette petite ville de Ferrare rendue célèbre par Bassani (auteur à (re)découvrir dans la récente réédition de ses oeuvres complètes chez Quarto) le 29 septembre 1912, Antonioni est un brillant étudiant en économie à Bologne, avant de délaisser l'austérité des modèles macroéconomiques pour l'inventivité et l'effervescence des plateaux de tournage. Ses débuts au cinéma se font sous l'auspice des plus grands : scénariste pour Fellini et Rossellini, assistant de Marcel Carmé sur Les visiteurs du soir. C'est en 1960 qu'Antonioni acquiert la célébrité avec son magnifique Avventura, primé à Cannes (Prix du Jury). L'histoire du jeune Sandro à la recherche d'Anna à jamais disparue, puis son amour pour Claudia provoque, par ses innovations esthétiques, et son encouragement à peine voilé au libertinage, la polémique autour du Palais des festivals. Acte de naissance du cinéma introspectif dans lequel sont relatées les difficultés des sentiments et de la communication interpersonnelle, L'Avventura est le premier volet d'une quadrilogie novatrice et envoûtante. Magnifiquement portée par une splendide égérie en la personne de Monica Vitti, l'Avventura marque l'avènement d'un nouveau genre. Suivront L'éclipse, La nuit et le Désert rouge. 
Nouveau prix à Cannes en 1967 - la Palme d'Or cette fois - un an après la sortie d'un chef d'oeuvre incontestable : Blow-up, ou l'extravagante histoire d'un photographe désireux de devenir artiste et témoin d'un meurtre à Londres. Tous ces films sont l'occasion d'une réflexion profonde sur l'âme humaine, sur l'angoisse et le désespoir. Chantre du néoréalisme, Antonioni filme la réalité avec objectivité, avec distance, à la façon d'un Balzac ou d'un Proust en littérature. Antonioni voulait d'ailleurs faire du cinéma "l'égal de la littérature". 
Le succès populaire fuit alors le réalisateur italien, et sa carrière le mène de New York en Chine, de l'Angleterre à l'Algérie. En 1985, un accident cérébral lui provoque une paralysie partielle, ce qui ne l'empêchera pas de continuer une carrière cinématographique, aidé en cela par des grands noms de la nouvelle génération (Wim Wenders, Wong Kar-Wai ou Steven Soderbergh). 
Christian Jacob, président du Festival de Cannes, déclarait hier "qu'avec la disparition d'Ingmar Bergman, le cinéma moderne perd un de ses derniers pionniers, un pionnier de génie. Personne, sauf Antonioni, n'a sondé aussi profondément, aussi magnifiquement, le mystère féminin". Antonioni maintenant mort, il nous reste ses films pour mieux comprendre l'âme humaine.

(Photo d'Antonioni, non datée, AFP, sur lemonde.fr)
Par Nicolas
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de A à Z...

- A -

Strawberry Jam - Animal Collective
Un homme perdu - Danielle Arbid
A l'abri de rien - Olivier Adam
Le Portrait - Pierre Assouline
De l'autre côté - Fatih Akin

- B -

The Flying Club Cup - Beirut
Smokey Rolls Down Thunder Canyon - Devendra Banhart
Shotter's Nation - Babyshambles
Jean-François Bizot -
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? -
Pierre Bayard
François-Marie Banier -
Fur and gold -
Bat for lashes
Le Royaume - Peter Berg
Bob Dylan - François Bon
Chroniques littéraires - Maurice Blanchot

- C -

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Control - Anton Cobijn
North Star Deserter - Vic Chesnutt
La fille coupée en deux - Claude Chabrol
La Radiolina - Manu Chao
Secret Sunshine - Lee Chang-Dong
Le Deuxième Souffle - Alain Corneau
Gustave Courbet - Exposition Grand Palais 2007
Darling - Christine Carrière
My Friends All Died... - Cocoon
Les Promesses de l'Ombre - David Cronenberg
The Waiting Room - Chloé
L'homme sans âge - Coppola
Un bruit qui court - Pauline Croze

- D -

The Pirate's Gospel - Alela Diane
Tom est Mort - Marie Darrieussecq
Five leaves left - Nick Drake
La Passion selon Juette - Clara Dupont-Monod
L'invitation - Etienne Daho
La mécanique du coeur - Dionysos

- E -

Nancy Elizabeth -
Battle and Victory
L'Enfer - Expo BNF

- F -

Distance and Time - Fink
Echoes, Silence, Patience & Grace - Foo Fighters
Leaving the nest - Benjy Ferree
Revival - John Fogerty

- G -

La vengeance dans la peau -
Paul Greengrass
Nouvelles Mythologies - Jérôme Garcin

- H -

Tout est pardonné -
Mia Hansen-Love
White Chalk - PJ Harvey
I'm not There - Todd Haynes

- K -

99 F -
Jan Kounen
La Forêt de Mogari - Naomi Kawase
André Kertész - Expo Chambéry
My Blueberry Nights - Wong Kar-Wai

- L -

Alabama Song -
Gilles Leroy

- M -

Dans le café de la jeunesse perdue -
Patrick Modiano
Gee Whiz but this is a Lonesome Town - Moriarty
Charles et Léo - Jean-Louis Murat
Trees Outside the Academy - Thurston Moore
Les Disparus - Daniel Mendelsohn

- N -

Ni d'Eve ni d'Adam -
Amélie Nothomb
Avant que j'oublie - Jacques Nolot

- O -

Une autre histoire de la littérature -
Jean d'Ormesson
Odeur du temps - Jean d'Ormesson

- P -

Transparent knives -
Promise and the Monster

- R - 

In Rainbows -
Radiohead
Cendrillon - Eric Reinhardt
The State of Things - Reverend and the Makers
La part obscure de nous-mêmes - Roudinesco
Un homme - Philip Roth

- S -

Persepolis -
Marjane Satrapi
Thalasso - Amanda Sthers
American Gangster - Ridley Scott

- T -

Love it when I feel like this -
The Twang
L'heure zéro - Pascal Thomas

- V -

Adieu Pony -
Constance Verluca
Ambroise Vollard - Exposition 2007 Musée d'Orsay
Paranoid Park - Gus Van Sant
Une vie - Simone Veil

- Y -

Chrome Dreams II -
Neil Young
ti_bug_fck
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