itinéraire cinéma

Mardi 4 septembre 2007

La Fille coupée en deux - Ludivine Sagnier et François Berléand

A quoi reconnaît-on le génie artistique ? A l'inspiration, à l'originalité et au style unique ? à la maîtrise avérée d'un art ? à la capacité qu'a un artiste à traiter des sujets anciens de manière neuve et personnelle ? Pour toutes ces raisons, le dernier film de Chabrol, La fille coupée en deux est un film génial, traversé de prodigieux instants d'intense émotion. Le réalisateur reprend un thème vieux comme le monde, mais il se l'approprie brillamment dans un canevas éminemment personnel. Une simple histoire d'amour, compliquée comme toutes les histoires d'amour ; un trio d'amants fragiles et maladifs, chacun à sa manière. Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier) est présentatrice de météo pour une chaîne locale à Lyon ; elle est jeune et séduisante, naïve et optimiste, curieuse et prête à tout. Elle rencontre Charles Saint-Denis (François Berléant), auteur à succès souvent misanthrope, marié et libertin, désabusé mais jouisseur à la recherche permanente de nouvelles expériences. Mais elle se laisse aimée par Paul Gaudens (Benoît Magimel), jeune rentier dandy et méprisable, enfant gâté sûr de lui mais fortement tourmenté. Ce trio se cherche, s'aime puis se déteste, se ment puis se détruit. La mort étendra son ombre funeste sur ces déchirures.
La fille coupée en deux s'articule donc autour d'une intrigue simple que Chabrol renouvelle avec talent. La fin que nous ne révèlerons pas est tragique et poignante, extrême de cruauté et de déceptions affectives. Autour des trois personnages principaux gravitent une flopée de protagonistes hauts en couleur : une éditrice terriblement sensuelle, séductrice et épicurienne (Capucine Jamet / Mathilda May) ; une épouse rayonnante et compréhensive (Dona Saint-Denis / Valeria Cavalli) ; une mère bourgeoise formidablement aimante, protectrice mais cruelle
 quand on touche à sa famille (Geneviève Gaudens / Caroline Sihol). L'interprétation est magistrale, extrêmement convaincante dans les nuances et le pathos. Le casting est parfait, touché par la grâce. 
Chabrol utilise ce matériel en le fondant dans les thèmes qu'il affectionne tant : la bourgeoisie de province, ici véritable tribu égocentrique convaincue de sa toute puissance ; soucieuse de son image ; réservoir de secrets enterrés. Il dépeint également l'amour avec talent : ses déceptions, ses mensonges, ses espoirs, sa cruauté, ses dangereuses conséquences ; mais aussi le sexe. Les notables de provinces se retrouvent dans les maisons closes, profitent ouvertement des pouvoirs de l'argent et combattent le passage du temps par la quête d'extrêmes sadiens. 
La réalisation est somptueuse, tout en non-dits, en ellipses, en suavité, en délicatesse harmonieuse. Chaque image respire l'espièglerie d'un Chabrol qui s'amuse à nous faire naviguer dans un univers malsain et faux, feutré et hypocrite, sournois et désillusionné. En un mot, un environnement où la cruauté, la méchanceté et la folie dominent.
La fille coupée en deux est tout simplement génial. Les sentiments humains sont décortiqués dans tout ce qu'ils ont de noir et d'atroce. A ne manquer sous aucun prétexte.

Par Nicolas
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Lundi 24 septembre 2007
vengeance-peau.jpg L'agent très spécial Jason Bourne est de retour sur les écrans depuis une semaine. La Vengeance dans la peau est un film terriblement prenant et efficace. 
Pour la troisième fois, Matt Damon campe un agent spécial en quête d'identité, en fuite perpétuelle. Dans ce troisième volet réalisé par l'américain Paul Greengrass (déjà aux commandes de La Mort dans la peau), on retrouve Jason Bourne à Moscou, blessé par balles, à la recherche des instigateurs de l'énigmatique programme "Blackbriar", visant à fabriquer une usine à tueurs ultra-performants, dénués de tout pathos. De la capitale russe à New York, de Tanger à Madrid en passant par Londres, Jason Bourne essaie de fuir et de remonter jusqu'à ces comploteurs sans vergogne, qui pourraient détenir des informations sur sa véritable identité. Sa compagne n'est plus ; Jason Bourne est anéanti mais totalement déterminé, résolu à se venger.
Ce troisième opus est une magistrale réussite. Le scénario, crédible et bien ficelé, ne laisse aucun répit au spectateur. Deux heures d'une course-poursuite haletante ; deux heures de tension ; deux heures d'un film sombre mais vrai. La réalisation jusqu'au-boutiste insuffle une énergie formidable à l'ensemble : caméra à l'épaule, cascades et poursuites époustouflantes, musique oppressante, montage saccadé, prises de vue variées et originales (caméra de surveillance, caméra fixée sur une arme). Bien sûr, le réalisateur n'évite pas les poussifs du genre : héros indestructible ; opposition schématique au sein de la CIA entre un directeur assassin et sans scrupule,  et une subalterne idéaliste et moraliste ; etc. Mais Jason Bourne est un personnage qui prend de l'ampleur, qui doute, qui souffre, aux antipodes d'un James Bond désincarné. Le film est construit autour de trois course-poursuites où notre super-héros fait preuve d'ingéniosité, de maîtrise, de sang-froid lui permettant de surmonter les multiples obstacles (CIA, polices et agents locaux, etc.). Les dernières minutes sont un sommet de stress psychologique d'une rare efficacité que  ne nous ne révèleront pas ici.
Par Nicolas
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Mercredi 26 septembre 2007
un-homme-perdu.jpg Un homme perdu, de Danielle Arbid, dépeint avec poésie et mystère, la quête croisée d'un photographe énigmatique et d'un amnésique impénétrable. Une fascinante plongée dans un univers obscur et dans un sous-continent ténébreux mais attachant.
Qui est cet homme perdu ? S'agit-t-il de Thomas, photographe qui voyage en Orient en quête d'extrême ? ou de Fouad, homme peu volubile, disparu depuis vingt ans à Beyrouth ? Le synopsis, simple sur le papier, se révèle être une histoire complexe ou se croisent, se cherchent, se dévisagent, s'épient deux hommes en quête. En quête de nouvelles expériences, de nouveaux champs artistiques. En quête d'identité, d'oubli. Ensemble, ils parcourent la Jordanie au gré des envies de Thomas, photographe de l'ultime, des bas-fonds sombres et nocturnes.
Pour ce deuxième film, la réalisatrice libanaise Danielle Arbid s'est fortement inspirée de la vie du photographe Antoine d'Agata (qui l'a d'ailleurs conseillée sur le film)
. Depuis une vingtaine d'année, ce singulier artiste parcourt le monde, à la recherche de nouveaux horizons artistiques inexplorés et inexploités ; il est le photographe de la drogue, du sexe, de la prostitution, de la perte identitaire. Thomas, accompagné de Fouad, rencontré au détour d'une rue, se perd dans les bars sordides, draguent de somptueuses filles-objets en quête d'exotisme européen, les photographie, se photographie. Thomas met sa vie en scène ; sa vie est le matériau de son art. Etre désorienté, égoïste et arrogant, il essaie de percer le mystère de Fouad, disparu en 1985 lors du conflit libanais.
Danielle Arbid signe ici un film d'auteur exigeant, ambitieux mais très beau et symbolique. La réalisation est riche, en particulier pour les très belles scènes d'érotisme retenu. La lumière est magnifique, les paysages sont somptueux. Car Danielle Arbid, dans Un homme perdu, rend aussi hommage à sa région ; une région qui oscille entre le conservatisme le plus rigoureux et la modernité la plus débridée. Le travail de Thomas est rejeté par des hommes traditionnalistes et un régime austère et inflexible ; les femmes, au contraire, sont pleines de vie, d'envie, d'énergie, de bouillonnement ardent. Des femmes qui tiennent un rôle singulier dans ce film. Les deux hommes sont le centre de l'intrigue ; ce sont leurs déambulations qui font l'histoire et impriment un rythme à l'ensemble. Pourtant, les femmes sont très présentes. Femmes-objets, matériau de l'artiste, ce sont aussi des femmes qui souffrent, qui aiment, qui espèrent, qui jouent, qui cherchent le plaisir des sens et des corps. L'amour est souvent absent, sauf en la personne de la femme de Fouad - et encore... Au contraire, le sexe est un exutoire et un objet artistique. Les protagonistes ont peu de tabous ; le sexe est une expérience comme les autres, une expérience de rencontre avec l'infini, de transcendance artistique.
Le rythme lent et langoureux de l'ensemble, accentué par une bande-son tantôt éthérée, tantôt lourde et oppressante (aux accents de Muse), la stricte économie des dialogues insufflent à ce film une ambiance mystérieuse et parfois pesante. Le spectateur plonge avec délectation dans cette quête hasardeuse qui frôle souvent avec un danger omniprésent. Les nombreuses ellipses et une fin très opaque font que ce film pose autant de questions (Qui est vraiment Fouad ? Que devient-il ? Quel est son rapport / son passé avec sa femme ? Que cherche véritablement Thomas ?) qu'il ne donne de réponses. Enfin, le tout est magnifiquement servi par un jeu d'acteur sensationnel. Melvil Poupaud est très crédible en photographe marginal, voyageur, désemparé, hermétique, voué à son art, érigeant sa vie en oeuvre d'art. Dans le rôle d'un insaisissable vagabond, amnésique, sauvage mais sensible, Alexander Siddig est exceptionnel. 
Un homme perdu est un très joli film de la quête, personnelle et artistique, un film de l'oubli, un film d'un monde oriental en pleine évolution. Un film qui restera sûrement marginal, mais qui mérite amplement l'accueil très chaleureux qu'il reçut à Cannes. 
Par Nicolas
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Jeudi 4 octobre 2007

Control - Sam Riley

"She's lost control" chantait Ian Curtis. Le leader de Joy Division n'a jamais eu le contrôle de sa vie. Il a subi son existence dans la plus profonde douleur. Il a enduré la maladie, éprouvé les tiraillements de l'amour, mais il a laissé au monde un testament musical unique. Ligne de basse oppressante, rythme saccadé, paroles lugubres : la musique de Joy Division n'était pas gaie, mais elle était poignante. Control est un film noir, mais il est bouleversant d'émotion.

Le film commence en 1973. Ian Curtis est un adolescent solitaire et tourmenté, qui passe ses journées, allongé sur son lit en fumant des cigarettes, à écouter Lou Reed, David Bowie ou Iggy Pop ; à lire les auteurs de la Beat Generation (Kerouac, Burroughs). Après un concert des Sex Pistols, trois musiciens lui proposent de devenir le chanteur de leur groupe ; occasion bénie de mettre en musique ses textes torturés et noirs. Joy Division est né, et Joy Division deviendra une légende après la mort de son leader, le 18 mai 1980. Control retrace cette fulgurante aventure musicale, mais aussi le parcours d'un adolescent marié trop tôt, devenu père trop vite, érigé en star trop rapidement. Trois étapes que Ian Curtis, jeune homme profondément morose, n'était pas prêt à franchir. Ce brillant biopic décrit les premiers concerts, les premières déceptions, la notoriété grandissante, les premiers enregistrements ; mais aussi les atermoiements amoureux de Ian Curtis. Marié à Debbie à seulement 19 ans, Ian rencontre lors d'un concert Annick, une jeune belge dont il tombe amoureux. Le film relate la longue descente aux enfers d'un éternel adolescent grandit trop vite, souffrant de crises d'épilepsie dévastatrices, endurant la distance croissante entre sa vie et son rêve, subissant les effets contradictoires de la notoriété musicale. Le jour du départ vers les Etats-Unis pour une tournée qui aurait due être triomphante, Ian Curtis se pend dans sa maison. Il n'avait que 23 ans

Control - Sam Riley

Control
est le premier film du photographe et réalisateur de clip vidéos Anton Corbijn (U2, Depeche Mode) qui délivre une véritable merveille visuelle. Entièrement en noir et blanc, les images sont magnifiques. Corbijn, avec virtuosité, donne corps à une époque - la fin des 1970s qui sonne l'achèvement des trente glorieuses - ; à un lieu géographique triste à mourir - la banlieue de Manchester. Les scènes de concerts sont de purs moments de bonheur tant ils rendent l'énergie du groupe, la présence de Ian Curtis, la passion grandissante des fans, l'atmosphère de petits clubs glauques et enfumés de l'Angleterre profonde et ouvrière. 
Mais Control n'est pas seulement une biographie musicale de plus. C'est aussi l'histoire assez banale d'un adolescent souffreteux, mélancolique et lugubre, cherchant en l'art une transcendance, un exutoire, un antidote ; la chronique d'un jeune homme aux tendances suicidaires, trop fragile face à la réalité douloureuse du monde ; le récit d'un garçon irréfléchi et écartelé entre deux amours destructeurs. Sam Riley campe parfaitement le leader de Joy Division. Tantôt affligé, tantôt ébahi, son regard est exceptionnel d'émotion intense. Sam Riley - dont c'est le premier vrai film - EST Ian Curtis. Ses mimiques sur scènes, ses crises d'épilepsie sont jouées avec un réalisme désarmant. Les personnages secondaires sont aussi magnifiquement interprétés, avec une mention spéciale à Samantha Morton - exceptionnelle Debie Curtis, tout en douleur, en amour éperdu, en dévotion - et à Alexandra Maria Lara - sublime Annick, fausse journaliste et vraie amante fragile et attentionnée.
Malgré quelques longueurs, Control est une grande réussite, une magnifique adaptation de la biographie de Deborah Curtis parue en 1995. La bande son y est bien sûr pour beaucoup, mêlant habilement des titres de Joy Division et des perles du Velvet Underground, de The Buzzcocks, d'Iggy Pop ou des Sex Pistols. Chaque scène est un somptueux mini-clip, chaque second est une sublime photographie. L'angoisse est diffuse et s'accentue à chaque instant, même si certaines scènes plus joyeuses laissent un peu de répit au spectateur. Le climat oppressant trouve son apogée dans les dix dernières minutes du film.
Ian Curtis, leader de Joy Division, fut un être inadapté à la vie sur terre, tiraillé entre une vie familiale trop convenue, une amante passionnée et une vie consacrée à la musique. Control rend magnifiquement ces déchirements. LE film du mois.

Photo copyright "La Fabrique des films"

Par Nicolas
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Mardi 9 octobre 2007

99-francs.jpg En 2000, Octave Parango avait fait une entrée fracassante en littérature. L'adaptation de 99 francs à l'écran frappe un grand coup. Une magnifique réussite conceptuelle et visuelle. Malheureusement, les défauts qui pourrissaient le livre rendent le film souvent déplaisant et fatigant. 
99 francs de Frédéric Beigbeder (Grasset, 2000) était un OVNI littéraire, le genre de livre qui ne laisse pas indifférent, le type de roman qui subjugue autant qu'il irrite, un roman énervé et souvent énervant, un récit sous acide, sous cocaïne, une critique acerbe, décalée et dérisoire du monde de la pub par l'un de ses enfants terribles. Octave Parango, ignoble publiciste désenchanté et sarcastique, conçoit des slogans pour faire vendre de la merde. Il se drogue toujours plus, baise toujours plus, se pavoise dans son loft parisien, traîne sa morale abjecte dans les plus beaux paradis de la terre ; et porte un regard critique sur son univers, sur sa vie, sur lui, sur ceux qui l'entourent, sur ce système vicieux et pernicieux. Sorte de Dr Jekyll et Mister Hide, monstre aux cents têtes, Octave Parango, arrogant, dépité, délétère, insolent, malsain, orgueilleux à outrance, dégoûté autant que dégoûtant avait fait une entrée fracassante dans le petit monde propret de la littérature française. Le voila qui envahit depuis deux semaines les écrans avec le même fracas.
Qui pouvait mieux incarner cette ordure mélancolique que Jean Dujardin ? Personne ; et le casting est pour cela très réussi. Dujardin fut énervant en surfeur débile et hautain ; il fut pénible en espion secret décalé et balourd ; il est encore plus agaçant en publicitaire répugnant. Agaçant, mais complètement crédible, et c'est là sa grande force. Le Jim Carrey français, subtile comme un char américain dans un champ de coton, incarne parfaitement Octave Parango, sans limite ni contour, tout en grossièreté, en extravagance et en mimiques parfois horripilantes, mais souvent justes. Les personnages secondaires sont aussi bruts, taillés au burin, sans nuance ni subtilité. Tous les clichés du monde de la pub nous sont servis avec tapage et esclandre : le jeune commercial ambitieux et stressé ; le graphiste, adolescent attardé, érotomane et drogué ; le directeur marketing d'une réputée marque de grande consommation, faux classieux à l'inspiration d'une buse ; le réalisateur italien de films publicitaires macho et déphasé ; etc.
Cette joyeuse bande d'extra-terrestres se fout de tout. Ils boivent, ils se droguent, ils baisent, se perdent dans des fêtes endiablées, dépensent des sommes d'argent mirobolantes gagnées sans scrupules. Mais Octave Parango, être de chair et d'os, a un coeur. Il tombe amoureux de Sophie, est hanté par son absence, et se dégoûte. Et oui, la bête sait souffrir, elle prend du recul, gerbe sur son métier, son inutilité, sa futilité. Octave dénonce la société de consommation, la place omniprésente de la publicité. Sorte de Guy Debord moderne sous acide ; beaucoup moins pénétrant, beaucoup moins intelligent. 
Histoire sans nuance, personnages caricaturaux à la limite de la débilité, scénario convenu, morale simpliste ! Comment, dans ces conditions, ne pas détester ce film ? Pour la réalisation avant tout, talentueuse, totalement innovatrice, très inspirée, pleine de clins d'oeils réussis à l'histoire du cinéma. Jan Kounen, déjà connu pour ces réalisations soignées sur Dobermann ou Blueberry signe ici un véritable tour de force. Génial créateur d'un monde parallèle. Les images se succèdent à grande vitesse, les couleurs sont agressives, Kounen jouent avec les angles de prises de vue, avec les textes incrustés, avec les films d'animation pour décrire les hallucinations d'Octave. Ca pète dans tous les sens ! 99 francs est un véritable feu d'artifices d'images agressives et subjectives, méli-mélo de porno chic symbolisant parfaitement le monde glacial, désincarné et terriblement séducteur du film publicitaire. L'objet visuel est peaufiné, mais comme avec le reste (personnage et scénario), la réalisation est parfois trop agressive, trop excentrique, trop extravagante, sans douceur ni nuance. Comme le dit l'adage populaire, "le trop est parfois l'ennemi du bien".
Trop simple, trop machiavélique, loin d'une réalité plus nuancée, moins noire ou blanche, mais plus grise, ce film n'est pourtant pas un navet, loin de là. Car au fond, la critique frappe juste, le rythme est alerte, l'humour souvent décapant, l'ironie tranchante. Au final, un film qu'on devrait détester mais qu'on apprécie pour tous ses défauts. A voir pour se faire une idée, à l'heure ou le monstre-marketing veut se nourrir d'un XV de France glorieux...

Par Nicolas
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Samedi 13 octobre 2007

Tout est pardonné - Constance Rousseau

Dans une récente interview publiée par les Cahiers du cinéma, Mia Hansen-Love explique son but en tant que réalisatrice : transmettre de l'émotion au spectateur ; mais une émotion réelle, pas fabriquée. Malheureusement, Tout est pardonné n'arrive que difficilement à cette fin. Un joli film bien trop encensé par la critique.
Tout est pardonné s'articule autour de trois moments. Dans la première séquence, l'action se déroule à Vienne, en 1995. Victor, un écrivain raté, désemparé et paresseux, use ses journées à faire semblant d'écrire ; et ses soirées à sortir pour boire et se droguer. Il est marié à Annette avec qui il a eu une ravissante fille, Pamela. Le couple part lentement à la dérive, tant Victor est incapable d'assumer la vie. Deuxième séquence, quelques mois plus tard : la petite famille rentre à Paris avec l'espoir de se (re)construire. Ce déménagement, loin d'améliorer la situation, entraîne la décadence de Victor. Alors qu'Annette est partie à Vienne avec son enfant, il rencontre une jeune fille (Gisèle), s'éprend d'elle, se drogue avec elle, jusqu'au jour où celle-ci ne se réveille plus. Annette le quitte, ne lui pardonnant pas ces mensonges à répétition, mais aussi cette impossibilité à accepter le quotidien. Dernière séquence, onze ans plus tard. Pamela est une jeune lycéenne, fragile mais épanouie. Elle vit avec sa mère, remariée. Apprenant que Victor habite Paris, elle le contacte. Ils se rencontrent, se découvrent, s'apprivoisent, s'écrivent. Alors qu'elle est en vacances à la campagne, Pamela apprend le suicide de son père.

Tout est pardonné - Marie-Christine Friedrich et Paul Blain

Tout est pardonné
est donc l'histoire simple d'un couple à la dérive, d'un homme trop malheureux pour rendre les autres heureux ; un récit de retrouvailles et de la difficulté de vivre ; un film qui ausculte la filiation et ses difficultés. Une histoire simple en apparence, mais très complexe en réalité, tant elle est saisie par petites touches successives, à la manière des impressionnistes en peinture.
Mia Hansen-Love, pour sa première réalisation (après une carrière de critique aux Cahiers et de comédienne chez Olivier Assayas), fait preuve de beaucoup de maîtrise, mais sans originalité. La réalisatrice s'est focalisée sur les couleurs, sur le rythme lent et nonchalant, sur les dialogues rares et flegmatiques. Mia Hansen-Love filme les êtres humains ordinaires avec tendresse, avec talent souvent (très belle scène de Pamela en soirée par exemple). Des hommes et des femmes épris de liberté, des fantômes énigmatiques, des ombres presque. Malheureusement, la jeune réalisatrice (née en 1981) est trop appliquée. L'ensemble manque d'originalité, de touche personnelle peut-être (peur du premier film ?), et certains plans sont d'une longueur ennuyeuse. Ainsi, la longue séquence bucolique de Pamela à la campagne ne convint pas. Faut-il y voir la volonté de créer le contraste avec la tragique nouvelle à venir ? Faut-il y déceler l'opposition entre une vie familiale épanouie et la solitude de Victor à Paris ? Beaucoup de suggestions dans la réalisation de Mia Hansen-Love, peu de certitudes. Ce qui pourrait être une force est souvent chez elle une faiblesse.
Pour un coup d'essai, ce ne sont que des détails. Pourtant, ce film tant vanté par la critique déçoit. A trop vouloir susciter l'émotion, la réalisatrice se perd totalement dans un scénario trop convenu. Il est facile d'émouvoir en filmant mécaniquement deux êtres qui se séparent ; il est aisé de toucher le spectateur quand le père se suicide après les retrouvailles. Trop de facilité.
Les personnages sont magnifiquement esquissés, mais le jeu n'est pas toujours à la hauteur. Annette est une mère très éprise de son mari, prête à tout pour sauver son couple, attentionnée et attentive. Marie-Christine Friedrich campe parfaitement cette femme tout en nuances. Pamela est une ravissante jeune fille pleine d'entrain, d'espoir et de courage, magnifiquement interprétée par Constance Rousseau. Les personnages secondaires sont aussi très crédibles (avec une mention spéciale à Gisèle, droguée totalement perdue, incarnée par l'impénétrable Olivia Ross). Mais Paul Blain - Victor n'est pas à la hauteur de ses comparses. Son jeu est beaucoup trop théâtral, son regard bien trop inexpressif. Par ailleurs, alors que Mia Hansen-Love joue la carte du réalisme extrême, pourquoi a-t-elle choisi les mêmes acteurs non maquillés pour jouer le même personnage à onze ans d'intervalle ?
Ne nous y trompons pas, Tout est pardonné est un joli film. Une belle réussite pour un premier long métrage d'une très jeune fille, mais un film qui reste bien décevant au vu des critiques élogieuses dont il fit l'objet lors de sa présentation à Cannes ou plus récemment pour sa sortie.
Par Nicolas
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Mercredi 24 octobre 2007
avant-que-j-oublie.jpg Avant que j'oublie, le nouveau film de Jacques Nolot est embarrassant. Oscillant entre l'ennuyeux et le saisissant, il laisse un goût amer. Une émouvante réflexion sur la maladie, le temps qui passe et la (sur)vie après l'a mort d'un être cher.
C'est un film auquel il faut laisser le temps. Le temps de l'apprécier, de le digérer ; le temps aussi qu'il vive en vous, qu'il sorte de vous. Avant que j'oublie est le troisième film en tant que réalisateur de Jacques Nolot. Nolot, c'est un personnage, le type de gars au passé aussi lourd qu'une chape de plomb ; le genre de personne qui a vécu comme on dit. Qui dit vécu dit forcément rencontres. Qu'elles se nomment Roland Barthes ou André Téchiné. C'est avec ce dernier que le petit gars du Sud-Ouest, monté à Paris pour prendre des cours de théâtre, homosexuel et gigolo va connaître la gloire (relative). Il écrit et joue pour lui, en particulier La Matiouette ou J'embrasse pas. Puis vient un temps où ce passé, cette intimité déborde. Jacques Nolot passe alors derrière la caméra pour mieux (se) raconter. Il se concentre d'abord sur son enfance (L'Arrière Pays), puis sur une histoire d'amour compliquée (La Chatte à deux têtes). Se mettre à nu, se livrer, s'exposer ; il le fit pour le passé. Mais il s'attaque maintenant à son présent. Sa vie devient une fiction ; et inversement, l'imagination devient la réalité.
Avant que j'oublie s'ouvre dans un cimetière. Deux hommes, la cinquantaine bien marquée sont devant une tombe, tristes mais sereins. On retrouve Pierre chez lui ; insomniaque, passant du café aux médicaments, des clopes qu'il enchaînent compulsivement à sa table de travail. Il écrit, les feuilles s'amoncellent par terre. On imagine le manque d'inspiration, l'ennui de vivre. Un gigolo arrive, ils se serrent à peine la main avant de se perdre dans une partie de sexe violente et dépassionnée. On suit Pierre chez un ami, discourant du suicide, du sida avec lequel il vit depuis vingt-quatre ans sans vraiment combattre, de son amant décédé, de la vie qui passe. Il va ensuite chez son psy ; dans les cafés de Paris ; chez son notaire où il retrouve un ancien amour à peine sorti de prison.
Pierre c'est Jacques. Jacques Nolot met sa vie en scène, avec distance et sans pathos. La caméra est souvent fixe, dans l'intérieur étriqué de Pierre ou chez ses amis, dans les cafés. Peu d'extérieurs dans ce long métrage. Peu de dialogues aussi. Et répétitifs qui plus est. Aucune femme non plus. Si, une en fait, dans le rôle d'une policière hautaine et méprisante ; robot qui mène son enquête sans se soucier de la peine des hommes. Car ce sont eux qui tiennent le film à bout de bras. Une bande de cinquantenaires souffreteux et désenchantés, homosexuels affirmés ou cachés. Et puis quelques jeunes quand même, sans sentiment ni sourire.
La fuite du temps, la maladie omniprésente avec laquelle il faut vivre, l'amour toujours espéré mais sans cesse perdu, la mort d'un être proche, l'absence, le sexe comme exutoire, la prostitution, le mal de vivre : autant de thèmes d'un film poignant et dérangeant, autant de questionnements d'un réalisateur en marge. Lucide et abrasif, tendre et noir, Avant que j'oublie n'est jamais voyeuriste mais toujours à la bordure, sur le bas-côté. Le coeur des hommes est bien difficile ; celui de Jacques Nolot est un volcan en perpétuelle ébullition ; sa sensibilité est une lave incandescente que le réalisateur a besoin de fixer pour mieux la contenir.
Avant que j'oublie est donc un joli film ; une jolie méditation. Cependant, le rythme est souvent très (trop) long, laissant une désagréable impression de visionner le super-8 d'un ami, avec politesse mais sans passion. Impression confirmée par le caractère fortement autobiographique du film et l'amateurisme parfois dérangeant du jeu d'acteurs. Si vous aimez les vraies histoires d'hommes qui souffrent, qui pleurent, qui doutent, qui déchantent, qui jouissent, oubliez Le Coeur des Hommes 2 (qui sort cette semaine), et allez plutôt voir Avant que j'oublie. Armez-vous simplement de patience et d'un capital bonne humeur indestructible tant le visionnage vous dérangera. Mais n'est-ce pas aussi cela que l'on recherche dans l'art ?
Par Nicolas
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Vendredi 26 octobre 2007
Gus Van Sant, avec Paranoid Park, son nouveau film sorti mercredi, nous refait le coup du film embarrassant dont il a le secret. Pas désagréable mais dérangeant. Pas ennuyeux mais intrigant. Une réalisation soignée, un bel objet esthétique. Mais une douloureuse sensation de vide.
paranoid-park.jpg Ce nouveau Gus Van Sant peut se résumer en deux phrases : Alex, jeune skater, tue accidentellement un agent de sécurité, tout prêt d'un skate parc mal fréquenté (Paranoid Park) à Portland. Il se tait, et écrit le drame pour mieux l'expier. Gus Van Sant filme ce synopsis épuré à l'extrême avec beaucoup d'inventivité, de talent et de réussite. Mais malheureusement, la pauvreté du scénario laisse un goût amer quand le générique de fin apparaît.
Les premières scènes sont emblématiques du style GVS développé dans ses dernières réalisations : gros plan sur un adolescent en train d'écrire, ses cheveux mi-longs tombent sur ses yeux ; puis à la steadycam, on suit de dos le même garçon. Mais contrairement aux plans à répétition d'Elephant, la scène se situe à l'extérieur. Un rappel, comme pour mieux signaler que GVS termine sa réflexion sur la jeunesse, la mort, la culpabilité. Mais les choses ont changé ; la mort est ici un accident, un coup du sort, le résultat d'un destin qui s'acharne. C'est la culpabilité qui intéresse le réalisateur. La même lenteur dans le déplacement, la même grâce dans la démarche, le même regard perdu et insaisissable.
Grâce et lenteur sont les deux fondamentaux d'un film léché, soigné, poli dans ses moindres recoins. Et c'est là un des premiers défauts de Paranoid Park. Trop propre. Ce nouveau film de GVS ressemble à une succession de clips musicaux ou de peintures. Un défilé trop cadencé, et pourtant GVS domine toujours l'art de la construction et de la narration. Les allers-retours entre passé et présent sont parfaitement agencés. Mais certaines scènes n'apportent rien au récit (on pense par exemple au petit frère d'Alex qui lui raconte une histoire) et donnent l'impression d'exister par leur seule beauté ontologique.
paranoid-park2.jpg Paranoid Park trouverait sûrement mieux sa place dans un musée que dans une salle obscure. GVS prend un réel plaisir à nous proposer de petits bijoux de réalisation. Mais il fait du GVS, semble s'auto-plagier, au sein même de Paranoid Park comme par rapport à ses autres films. La répétition de certains plans, de certains effets (les nombreux ralentis) réduit malheureusement le côté novateur de ces effets stylistiques.
Comme toujours avec GVS, Paranoid Park est soutenu par une bande son redoutable. Alternant hardcore, Rap ou ballades mélancoliques (deux titres du regretté Elliot Smith), GVS a un talent quasi-inégalé pour marier cinéma et musique (seul Quentin Tarantino le dépasse à ce niveau).
Peu d'acteurs professionnels dans ce nouveau film, une simple bandes d'ados skaters recrutés sur MySpace. Tous mettent alors en scène leur propre vie, leur ennui, leur espoir, leurs angoisses avec beaucoup de réalisme. Paranoid Park prend d'ailleurs parfois l'allure d'un simple documentaire, en particulier quand GVS filme les jeunes skaters rêveurs et désarmés en Super 8. Les adultes sont presque absents pendant 1h30. Seuls le proviseur et le flic incarnent une autorité compréhensive mais toujours oppressante. Les parents ou l'oncle sont lointains, ou n'apparaissent que de dos, sauf dans une des dernières scènes du film.
Au final, Paranoid Park est un joli film, une véritable oeuvre d'art tant les images sont magnifiques et la réalisation délicate et élégante. Mais c'est un objet artistique sans véritable assise narrative, un concept sans soubassement fictionnel, une composition sans fond. Alors, on appréciera cette qualité, cette beauté intrinsèque. C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas suffisant pour faire de Paranoid Park un grand film.

Ajout du 27/10 : Les Inrocks ont mis en ligne une magnifique filmographie commentée de GVS. A voir absolument.
Par Nicolas
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Dimanche 28 octobre 2007
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et Un secret sont deux succès du box-office. Deux films aussi ennuyeux l'un que l'autre, tant ils souffrent d'une réalisation convenue voire archi-kitsch.
assassinat.jpg Jesse James vit tranquillement avec sa femme et ses deux enfants le jour. La nuit, il entreprend un dernier braquage. Robert Ford, jeune gars un peu simplet et ambitieux, admiratif et attiré par la gloire, suit son idole. Il l'envie, l'épie, puis le tue. Mais la gloire ira vers l'illustre Jesse James, renvoyant à jamais Robert Ford dans le lot peu enviable des couards de l'histoire.
Andrew Dominik aime les histoires de criminels. Après avoir dépeint la vie de Chopper Read, il s'attaque à celle de Jesse James. Il réalisait ce premier film il y a sept ans. Sept ans, c'est long. Peut être le néo-zélandais, frustré, a-t-il voulu faire durer le plaisir. Mais malheureusement, si Andrew Dominik a pris du plaisir à tourner un film de 2h39, ce deuxième long métrage nous ennuie fortement. Le scénario est pauvre, et la réalisation, totalement convenue et prévisible, est encastrée dans les poussifs du genre. Des nuages en accéléré dans le ciel ; des cow-boys, filmés depuis la fenêtre d'une maison, arrivent à l'horizon ; un flou sensé rendre le vague du souvenir ; des longs plans fixes sur une chaussure ou une arme ; une musique lancinante et répétitive; une fascination pour les gros plans de visages marqués ; etc. Andrew Dominik, malheureusement, n'a pas le talent d'un Sergio Leone. Il nous sert un western-spaghetti bien trop cuit. Seul le jeu des acteurs (mention spéciale au génial Casey Affleck en jeune fan halluciné) et de superbes couleurs permettent de survivre à un film qui s'étire jusqu'à l'ennui le plus profond.
un-secret.jpg Le Secret, de Claude Miller, est une adaptation du succès littéraire de Philippe Grimbert. En 1962, François, le jour de ses quinze ans, découvre un terrible secret caché par ses parents, où comment les survivants vivent heureux, cherchant à oublier que le bonheur fut construit sur la mort. L'histoire d'une passion, avec en filigrane, une méditation sur la culpabilité et la mémoire. Un film qui fait des allers-retours entre un passé qui pèse et un présent tout aussi oppressant.
Une séquence qui se répète pour symboliser la mémoire ; en gros plan, une main sur un épaule pour représenter l'aide et la compréhension ; des mains qui s'enlacent pour figurer la passion ; le mélange de couleur et de noir et blanc : Claude Miller nous sert, lui aussi, un plat terriblement réchauffé. Aucun génie dans la réalisation, aucun rythme dans l'histoire, malgré les surprenants allers-retours assez maîtrisés. Les acteurs sont plutôt convaincants, mais il n'y a aucun véritable moment de grâce pendant 1h40. Ce que Philippe Claudel a parfaitement réussi à retranscrire dans Le Rapport de Brodeck, à savoir le lent travail de la mémoire, le vivre avec quasi impossible, les ellipses douloureuses et angoissées ; Claude Miller n'arrive pas à l'insuffler dans un film fatigant et lassant.
Par Nicolas
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Lundi 29 octobre 2007
secret-sunshine.jpg La nouvelle oeuvre du coréen Lee Chang-dong est un film exigeant. Une exigence récompensée tant Secret Sunshine est une merveilleuse méditation sur le deuil et la foi. La réalisation dépouillée et l'interprétation sont exceptionnelles.
Suite à la mort accidentelle de son mari, Shin-ae quitte, avec son petit garçon Jun, Séoul pour Miryang, ville natale du défunt. Un deuil en forme de quête et de renaissance. Repartir à zéro, oublier sa propre famille, être inconnue dans une ville quelconque. Une vie simple, des projets immobiliers, et des leçons de piano, pour vivre et se reconstruire. A la sortie d'une soirée avec ses nouvelles amies, un coup de fil anonyme insuffle une nouvelle dynamique à Secret Sunshine. Après la renaissance, la rechute. Jun a été enlevé. Il sera cruellement assassiné, le corps jeté dans une simple rivière. La mère est effondrée, muette, incapable de réagir. Elle surmonte d'abord l'insurmontable en se perdant dans la foi, avant de rejeter la présence Divine, et surtout l'incompréhensible pardon divin pour le bourreau de son enfant. La jeune mère éprouve alors une lente descente aux enfers, une cruelle marche vers la folie, puis vers le suicide.
Après un début assez long et poussif, Secret Sunshine s'articule autour de quelques scènes clés qui rythment parfaitement l'ensemble. Malgré sa longueur, Secret Sunshine se déploie alors avec beaucoup de grâce. Une soirée arrosée qui se termine dans le drame de l'enlèvement ; la découverte du petit corps dans une rivière, dans un magnifique ballet muet où la mère déambule autour de policiers silencieux mais professionnels ; la scène de la morgue où s'oppose la douleur terriblement muette et figée de la mère et celle démonstratrice et colérique de la grand-mère ; la conversion de la mère, qui voit en Dieu un exutoire fictif à sa douleur bien réelle ; la séquence de la prison, dans laquelle Shin-rae, venue pardonner au bourreau s'effondre face au calme d'un meurtrier ayant déjà connu la pardon divin ; la scène du suicide, aboutissement d'une douleur devenue trop oppressante, et seule possibilité d'un nouveau départ pour surmonter le double deuil.
Le scénario est un canevas pour méditer sur quelques problématiques fondamentales de la nature humaine : le deuil, la mémoire, le sentiment de culpabilité, le "vivre après" un évènement tragique, le sens de la vie et la présence du mal, et surtout la foi et Dieu. Peu de films ont su aborder cette question de manière frontale mais avec autant d'intelligence et de nuances. Dieu est-il une fuite et un refuge quand le mal s'acharne ? La religion permet-elle de recréer un lien (social ou autre) quand la mort touche de plein fouet ? Peut-on vraiment croire en Dieu quand un drame inexplicable touche un être cher ? La foi est-elle possible face à l'absurde du meurtre d'un enfant par un homme ?
Ce magnifique long métrage est bâtit autour de deux personnages antagonistes : une mère courageuse et indépendante mais discrète, prête à tout pour relancer sa vie et protéger son enfant des fantômes de son père ; une femme fragile mais désireuse d'oublier une vie conjugale passée qu'on imagine douloureuse. Une femme spirituelle, intelligente, protectrice, pleine d'amour, de confiance et de subtilité. Quand elle arrive à Miryang, Shin-Rae rencontre Jong-Chan, un éternel célibataire un peu balourd, généreux mais très maladroit. Opposition totale qui rythme le film. Le garagiste veut séduire, la jeune mère veut oublier (son couple puis la mort de son fils). Jeon Do-Yeon (prix d'interprétation féminine à Cannes) et Song Kang-Ho sont parfaits dans leur rôle respectif.
La réalisation de Lee Chang-Dong est totalement épurée. Peu d'effet de style ou de cadrage, juste une caméra qui filme les êtres dans leur souffrance. Une caméra qui observe sans juger, qui montre dans dénoncer. Souvent en long plan fixe, comme pour mieux laisser le temps au spectateur de s'approprier le récit et de s'interroger. La narration est très fluide, la construction parfaitement maîtrisée. Quatre moments qui sonnent comme quatre interrogations : la renaissance - la tragédie - le pardon - la désillusion. En filigrane, il y a l'examen du divin et du mal. Et le tout est traiter avec un humour souvent décalé mais redoutable. Il n'est pas rare de rire aux éclats dans ce drame.
Secret Sunshine est un très joli film. Un film d'auteur qui s'étend, se déploie, avec naturel. Seule bémol : narrer la souffrance, émouvoir avec la douleur est une facilité. Mais la peindre avec autant de sensibilité, sans être écrasé par l'ampleur de la tâche, reste une réussite rare dans le cinéma contemporain. Apprécions donc le coup de maître.
Par Nicolas
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Un homme perdu - Danielle Arbid
A l'abri de rien - Olivier Adam
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De l'autre côté - Fatih Akin

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The Flying Club Cup - Beirut
Smokey Rolls Down Thunder Canyon - Devendra Banhart
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Jean-François Bizot -
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? -
Pierre Bayard
François-Marie Banier -
Fur and gold -
Bat for lashes
Le Royaume - Peter Berg
Bob Dylan - François Bon
Chroniques littéraires - Maurice Blanchot

- C -

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Control - Anton Cobijn
North Star Deserter - Vic Chesnutt
La fille coupée en deux - Claude Chabrol
La Radiolina - Manu Chao
Secret Sunshine - Lee Chang-Dong
Le Deuxième Souffle - Alain Corneau
Gustave Courbet - Exposition Grand Palais 2007
Darling - Christine Carrière
My Friends All Died... - Cocoon
Les Promesses de l'Ombre - David Cronenberg
The Waiting Room - Chloé
L'homme sans âge - Coppola
Un bruit qui court - Pauline Croze

- D -

The Pirate's Gospel - Alela Diane
Tom est Mort - Marie Darrieussecq
Five leaves left - Nick Drake
La Passion selon Juette - Clara Dupont-Monod
L'invitation - Etienne Daho
La mécanique du coeur - Dionysos

- E -

Nancy Elizabeth -
Battle and Victory
L'Enfer - Expo BNF

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Echoes, Silence, Patience & Grace - Foo Fighters
Leaving the nest - Benjy Ferree
Revival - John Fogerty

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Nouvelles Mythologies - Jérôme Garcin

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