
A quoi reconnaît-on le génie artistique ? A l'inspiration, à l'originalité et au style unique ? à la maîtrise avérée d'un art ? à la capacité qu'a un artiste à traiter des sujets
anciens de manière neuve et personnelle ? Pour toutes ces raisons, le dernier film de Chabrol, La fille coupée en deux est un film génial, traversé de prodigieux instants
d'intense émotion. Le réalisateur reprend un thème vieux comme le monde, mais il se l'approprie brillamment dans un canevas éminemment personnel. Une simple histoire d'amour, compliquée
comme toutes les histoires d'amour ; un trio d'amants fragiles et maladifs, chacun à sa manière. Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier) est présentatrice de météo pour une chaîne locale à
Lyon ; elle est jeune et séduisante, naïve et optimiste, curieuse et prête à tout. Elle rencontre Charles Saint-Denis (François Berléant), auteur à succès souvent misanthrope, marié et
libertin, désabusé mais jouisseur à la recherche permanente de nouvelles expériences. Mais elle se laisse aimée par Paul Gaudens (Benoît Magimel), jeune rentier dandy et méprisable, enfant gâté
sûr de lui mais fortement tourmenté. Ce trio se cherche, s'aime puis se déteste, se ment puis se détruit. La mort étendra son ombre funeste sur ces déchirures.
La fille coupée en deux s'articule donc autour d'une intrigue simple que Chabrol renouvelle avec talent. La fin que nous ne révèlerons pas est tragique et poignante, extrême de cruauté
et de déceptions affectives. Autour des trois personnages principaux gravitent une flopée de protagonistes hauts en couleur : une éditrice terriblement sensuelle, séductrice et épicurienne
(Capucine Jamet / Mathilda May) ; une épouse rayonnante et compréhensive (Dona Saint-Denis / Valeria Cavalli) ; une mère bourgeoise formidablement aimante, protectrice mais
cruelle quand on touche à sa famille (Geneviève Gaudens / Caroline Sihol). L'interprétation est magistrale, extrêmement convaincante dans les nuances et
le pathos. Le casting est parfait, touché par la grâce.
Chabrol utilise ce matériel en le fondant dans les thèmes qu'il affectionne tant : la bourgeoisie de province, ici véritable tribu égocentrique convaincue de sa toute puissance ; soucieuse de son
image ; réservoir de secrets enterrés. Il dépeint également l'amour avec talent : ses déceptions, ses mensonges, ses espoirs, sa cruauté, ses dangereuses conséquences ; mais aussi le sexe. Les
notables de provinces se retrouvent dans les maisons closes, profitent ouvertement des pouvoirs de l'argent et combattent le passage du temps par la quête d'extrêmes sadiens.
La réalisation est somptueuse, tout en non-dits, en ellipses, en suavité, en délicatesse harmonieuse. Chaque image respire l'espièglerie d'un Chabrol qui s'amuse à nous faire naviguer dans un
univers malsain et faux, feutré et hypocrite, sournois et désillusionné. En un mot, un environnement où la cruauté, la méchanceté et la folie dominent.
La fille coupée en
deux est tout simplement génial. Les sentiments humains sont décortiqués dans tout ce qu'ils ont de noir et d'atroce. A ne manquer sous aucun prétexte.

L'agent très spécial Jason Bourne est de retour sur les écrans depuis une semaine. La Vengeance dans la peau est un film terriblement prenant et
efficace.
Un homme perdu, de Danielle Arbid, dépeint avec poésie et mystère, la quête croisée d'un photographe énigmatique et d'un amnésique impénétrable. Une fascinante plongée dans un
univers obscur et dans un sous-continent ténébreux mais attachant.

En 2000, Octave
Parango avait fait une entrée fracassante en littérature. L'adaptation de 99 francs à l'écran frappe un grand coup. Une
magnifique réussite conceptuelle et visuelle. Malheureusement, les défauts qui pourrissaient le livre rendent le film souvent déplaisant et fatigant.

Avant que j'oublie, le nouveau film de Jacques Nolot est embarrassant. Oscillant entre l'ennuyeux et le saisissant, il laisse un goût amer. Une émouvante
réflexion sur la maladie, le temps qui passe et la (sur)vie après l'a mort d'un être cher.
Ce nouveau Gus Van Sant peut se résumer
en deux phrases : Alex, jeune skater, tue accidentellement un agent de sécurité, tout prêt d'un skate parc mal fréquenté (Paranoid Park) à Portland. Il se tait, et écrit le drame pour mieux
l'expier. Gus Van Sant filme ce synopsis épuré à l'extrême avec beaucoup d'inventivité, de talent et de réussite. Mais malheureusement, la pauvreté du scénario laisse un goût amer quand le
générique de fin apparaît.
Paranoid Park trouverait sûrement
mieux sa place dans un musée que dans une salle obscure. GVS prend un réel plaisir à nous proposer de petits bijoux de réalisation. Mais il fait du GVS, semble s'auto-plagier, au sein même de
Paranoid Park comme par rapport à ses autres films. La répétition de certains plans, de certains effets (les nombreux ralentis) réduit malheureusement le côté novateur de ces effets
stylistiques.
Jesse James vit tranquillement avec sa femme et ses
deux enfants le jour. La nuit, il entreprend un dernier braquage. Robert Ford, jeune gars un peu simplet et ambitieux, admiratif et attiré par la gloire, suit son idole. Il l'envie, l'épie, puis
le tue. Mais la gloire ira vers l'illustre Jesse James, renvoyant à jamais Robert Ford dans le lot peu enviable des couards de l'histoire.
Le Secret, de Claude Miller, est une adaptation du succès littéraire de Philippe
Grimbert. En 1962, François, le jour de ses quinze ans, découvre un terrible secret caché par ses parents, où comment les survivants vivent heureux, cherchant à oublier que le bonheur fut
construit sur la mort. L'histoire d'une passion, avec en filigrane, une méditation sur la culpabilité et la mémoire. Un film qui fait des allers-retours entre un passé qui pèse et un présent tout
aussi oppressant.
La nouvelle oeuvre du coréen Lee Chang-dong est un film exigeant. Une exigence récompensée tant Secret Sunshine est une merveilleuse méditation sur le deuil
et la foi. La réalisation dépouillée et l'interprétation sont exceptionnelles.
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