Voici quelques extraits du quinzième et dernier chapitre du petit ouvrage de Bertrand Russell, Problèmes de philosophie (Payot,
1989).'Comme toute autre discipline, la philosophie vise d'abord à connaître. La connaissance qui est sa visée propre est celle (...) qui résulte d'un examen critique des fondements de nos convictions, préjugés, et croyances. Mais il faut bien reconnaître que dans son effort pour apporter des réponses précises à ces questions, la philosophie n'a pas rencontré un succès considérable (...). Et pourtant, aussi mince que soit l'espoir de parvenir à une solution, c'est une partie de la tâche de la philosophie de poursuivre ces interrogations, de nous faire prendre conscience de leur enjeu, d'examiner les différentes approches qu'on peut en avoir, et de garder vivant cet intérêt spéculatif pour l'univers que la connaissance assurée, trop bien établie, peut tuer si l'on s'y laisse enfermer (...). En fait, c'est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie. Celui qui ne s'y est pas frotté traverse l'existence comme un prisonnier : prisonnier des préjugés du sens commun, des croyances de son pays ou de son temps, des convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison (...). Sans doute la philosophie ne nous apprend-elle pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu'elle fait surgir : mais elle suggère des possibilités nouvelles, elle élargit le champ de la pensée en la libérant de la tyrannie de l'habitude (...).
Mais à côté de cette fonction d'ouverture au possible, la philosophie tire sa valeur (...) de la grandeur des objets qu'elle contemple, et de la libération à l'égard de la sphère étroite des buts individuels que cette contemplation induit (...). Toute acquisition du savoir est un élargissement du Moi (...).
La véritable contemplation philosophique (...) trouve sa satisfaction dans l'ouverture maximale au non-Moi, dans tout ce qui grandit son objet, et par contrecoup le sujet connaissant (...).
L'esprit qui est accoutumé à une telle liberté, à l'impartialité de la contemplation philosophique, en gardera les traits dans le monde de l'action et des sentiments. Pour lui, désirs et projets ne seront qu'une partie du tout ; il les regardera avec détachement (...). Cette qualité de l'esprit qui, dans la contemplation, prend la forme du désir absolu de vérité, c'est, dans l'action, la justice, et dans le domaine des sentiments cet amour universel qui va à tous (...). Si bien que non seulement la contemplation élargit le cercle des objets de la pensée, mais elle multiplie également les objets de nos actions et de nos affections : elle fait de nous des citoyens de l'univers, et non les assiégés d'un cité en guerre contre le reste du monde. C'est cette citoyenneté universelle qui constitue la vraie liberté de l'homme, qui le libère de l'esclavage où le maintient le cercle étroit de ses espoirs et de ses peurs. '

J’ai découvert par hasard sur le site de
On sait déjà que les travaux de Michel Onfray pour un projet hédoniste affranchi de l'obscurantisme religieux m'intéressent fortement depuis quelques semaines. Je viens d'achever le
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