La saison 2005-2006 fut une année de découverte du théâtre, aussi bien au niveau pratique de cet art qu'au niveau fréquentation de nombreuses salles parisiennes.
L'objet de ce post est de revenir sur une sélection des pièces les plus marquantes vues l'année dernière.
Première pièce, premier choc. La Mort de Danton de Büchner, au théâtre des Amandiers, mise en scène de Jean-François Sivadier.
L'inventivité de la mise en scène (les questionnements introductifs avec les acteurs parmi le public), la force d'un texte aux nombreuses interrogations métaphysiques, la présence des acteurs
sont autant d'atouts d'une pièce tonitruante.
Marquante l'est également Viol d'après Titus Andronicus de Botho Strauss (dans une mise en scène de Luc Bondy aux
Ateliers Berthier). La violence, la mise en scène moderne et exigeante, les nombreux questionnements que suscitent le texte de l'Allemand sont autant d'éléments qui ne vous suivent longtemps une
fois sorti du théâtre.
Plus doux, mais plus fort, plus émouvant, Love Letters de A. R. Gurney avec deux monstes sacrés: Philippe Noiret et
Anouk Aimée. Une simple table, deux chaises et cinquante ans d'échanges épistolaires à la fin tragique. Alexa et Tom découvrent la vie ensemble, se cherchent sans se trouver, font leur vie chacun
de leur côté, font l'expérience de la maladie puis de la mort. Poignant.
Plus de légèreté et d'humour avec la pièce de Sacha Guitry au Théâtre Edouard VII: Mémoires d'un tricheur. Francis
Huster y joue, seul sur scène, le rôle d'un artiste du mensonge et de la dissimulation. La présence et la joie de l'acteur sont incroyables.
Début février, on atteint la perfection avec la
nouvelle pièce de Samuel Benchetrit, Moins deux au Théâtre Hebertot.
Dans une chambre d’hôpital, juste deux lits, Jean-Louis Trintignant et Roger Dumas. Il ne leur reste plus que deux semaines à vivre, alors ils décident de fuguer. Humour noir et émotion, cynisme
et sobriété, émotion. Et que dire de l’interprétation juste et sensible… Sans conteste, un des chocs de la saison.
Les Monologues du Vagin avec Micheline Dax, Marie-Paule Belle et Sara Giraudeau. Alternance d’humour et d’émotion. La complicité
et le plaisir partagé entre les actrices de générations différentes sont frappants et tellement beaux.
La saison se termine par trois pièces inégales : tout d’abord Ma vie avec Mozart au Théâtre Montparnasse où le parcours
initiatique d’un adolescent mal dans sa peau qui apprend à accepter les évènements de la vie avec l’aide du génie allemand. La nouvelle pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt est, comme toujours avec lui,
sous une légèreté apparente, une véritable source de questionnements.
Ensuite, La maladie de la mort d’après Marguerite Duras avec Fanny Ardant. Présence indiscutable, beauté irréelle, voix inoubliable,
sensualité et sensibilité. Mais le texte est trop ardu, le rythme trop lent pour que l’on puisse se laisser gagner par l’émotion.
Last but not least, Cyrano avec Jacques Weber. Dans un décor réduit à son strict minimum (des tables de bistrot, costumes contemporains,
sur un écran en fond de scène est diffusé Cyrano de Genina), trois acteurs jouent tous les personnages de la pièce de Rostand dans une adaptation originale et percutante où ne
subsistent alors que l’émotion et la richesse des sentiments. L’amour déçu et les regrets, la scène finale sur la Sonate au Clair de Lune est sans doute la
plus belle émotion d’une saison de théâtre riche et diversifiée.
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